[Note 119: Cela rappelle les Athéniennes qui levaient les jambes pour leurs maris (Aristophane, Lysistrata).]

[Note 120: Nom de Vichnou sur la mer de lait.]

Le matin, elle se leva tout en désordre, ses yeux trahissant une nuit sans sommeil; alors le dieu à la robe jaune, considérant ses charmes, se disait dans son esprit divin:

«Les boucles de ses cheveux sont éparses au hasard, l'éclat de ses lèvres est terni, sa guirlande et sa ceinture ont quitté leurs sièges charmants qu'elle regarde dans un pudique silence, et cependant dans cet état sa vue me ravit.»

Mais Radha, avant de réparer son désordre qu'elle voulait dérober au cortège de ses suivantes, adressa à son amant qui s'empressait près d'elle ces tendres paroles:

«Mets, ô fils de Yadu, mets avec tes doigts plus frais que le bois de sandal, un petit cercle de musc sur ma gorge qui ressemble à un vase d'eau consacrée (bénitier hindou en forme d'une valve allongée) couronné de feuilles fraîches et placé à demeure près d'un bouquet d'arbres printaniers pour rendre propice le dieu de l'amour. Frotte, ô mon bien-aimé, avec la poudre noire dont le lustre ferait envie aux plus noires abeilles, ces yeux dont les traits sont plus perçants que les flèches lancées par l'époux de Reti.

«Attache à mes oreilles, ô dieu d'une beauté merveilleuse, ces deux pierres précieuses empruntées à la chaîne de l'amour pour que les antilopes de tes yeux puissent se précipiter vers elles et y jouer à plaisir. Mets maintenant un frais rond de musc, noir comme les taches lunaires, sur la lune de mon front et entremêle aux tresses de mes cheveux de gaies fleurs avec des plumes de paon adroitement arrangées pour qu'elles flottent gracieusement comme la bannière de Kama. Maintenant, ô mon tendre coeur, rajuste mes ornements qui ont glissé et rattache les clochettes d'or à ma ceinture pour qu'elles reposent sur leur siège semblable aux collines où le dieu à cinq flèches qui vainquit Sampar[121] garde son éléphant pour le combat[122].»

[Note 121: Kama qui triompha de Sampar.]

[Note 122: Cet alinéa rappelle les soins que l'amant doit donner à sa maîtresse qui va le quitter, chapitre I du livre II, «la Vie élégante», de Vatsyayana.]

Yadava exultait dans son coeur en écoutant sa maîtresse. Il s'empresse d'accomplir ses désirs folâtres; il place les disques de musc sur ses appas et sur son front, teint ses tempes de couleurs éclatantes; donne à ses yeux un nouveau lustre en les encadrant d'un noir plus foncé; orne les torsades de sa chevelure et son cou de guirlandes fraîches, resserre à ses poignets ses bracelets relâchés, à ses chevilles ses bracelets étincelants et autour de sa taille les clochettes de sa ceinture au son harmonieux.