12. Ma vigne à moi, c'est moi-même. Qu'il y ait mille pièces d'argent pour toi et deux cents pour ceux qui gardent les fruits.

13. Toi qui te repais dans les jardins, nos amis écoutent, fais-moi entendre ta voix.

14. Fuis, ô mon bien aimé! bondis comme la gazelle et le faon sur les montagnes embaumées par les aromates[129].

[Note 129: Ce verset, le dernier, semble indiquer la fin brusque d'une scène amoureuse.]

DERNIÈRES RÉFLEXIONS

Quelle simplicité! quelle sobriété! quelle noblesse d'expression! Et, par comparaison avec le Govinda Gita, quelle chasteté dans les images avec une passion plus vraie et plus forte!

Ce n'est pas sans doute l'éblouissante splendeur de la toute puissante nature de l'Inde immense; mais c'est la grande poésie de la mer et du désert qui entourent la terre promise et des montagnes qui la dominent ou accidentent son relief paré de la riche végétation des rives de la Méditerranée, au moins dans les parties citées.

C'est encore la vigueur de la nature animée, mélange de la force encore indomptée et de la douceur pastorale.

Le cantique lui emprunte des images tantôt suaves, tantôt sévères, toujours frappantes. Il en emprunte aussi au caractère viril de la population à la fois agricole et guerrière au temps des juges et des Rois. L'esclavage était une exception. Sous l'autorité du père, les membres des deux sexes de la famille, presque sur un pied d'égalité et tous menant une vie pure, travaillaient ensemble à faire fructifier l'héritage échu en partage à leurs pères. Ces traits ressortent dans la mise en scène et dans les actes du poëme.

Depuis le Cantique des Cantiques, l'envahissement des moeurs orientales, grecques et romaines, et l'oppression constante de la nation à la suite de malheurs inouïs, ont abaissé successivement de plus en plus le niveau moral de la femme juive. La lettre a tué l'esprit et les rabbins ont jeté ce cri patriotique: «Depuis la ruine du Temple, l'amour n'a plus de saveur.»