La description que, dans son chapitre XLII, Lucien donne de la lutte amoureuse entre Lucius et Palestra lui a peut-être été suggérée par les jeux de Sparte:

«Nue et droite Palestra commande:

«Frotte-toi d'huile, embrasse ton adversaire, renverse-le d'un croc en jambe, tiens-le sous toi, glisse; un écart, qu'on se fende, serre bien; prépare ton arme en avant; frappe, blesse, pénètre jusqu'à ce que tu sois las. De la force dans les reins! allonge maintenant ton arme, pousse-là par en bas; de la vigueur; vise au mur, frappe; dès que tu sens mollir, vite un dégagement et une étreinte; tiens ferme, pas tant de précipitation; un temps d'arrêt! Allons! au but! Te voilà quitte.

«Une pose, maintenant, dit Palestra, la lutte à genoux! et elle tombe-sur ses genoux au milieu du lit. Te voilà au milieu, beau lutteur! serre ton adversaire comme un noeud; penche-le ensuite et fonds sur lui avec ton trait acéré, saisis-le de près et ne laisse aucun intervalle entre vous. S'il commence à lâcher prise, enlève-le sans perdre un instant, tiens-le en l'air, frappe-le en dessous et ne recule pas sans en avoir reçu l'ordre; fais-le coucher, contiens-le, donne-lui de nouveau un croc-en-jambe afin qu'il ne t'échappe pas; tiens-le bien et presse ton mouvement; lâche-le, le voilà terrassé, il est tout en nage.»

CHAPITRE VI

Querelles entre amants.

On peut considérer les querelles entre amants comme une sorte de mignardise ou de moyen d'excitation.

Une femme qui aime beaucoup un homme ne souffre pas qu'il parle devant elle d'une rivale, ni que, par mégarde, il l'appelle du nom d'une autre femme. Quand cela arrive, il en résulte une grosse querelle; la femme se fâche, crie, dénoue ses cheveux et les laisse tomber en désordre, se jette à bas de son lit ou de son siège, lance loin d'elle ses guirlandes, ses ornements et se roule à terre.

L'amant s'efforce alors de l'apaiser par de bonnes paroles; il la relève et la replace avec précaution sur son lit ou siège; mais elle, sans rien répondre, se fâche plus fort encore et le repousse; le tirant par les cheveux, elle lui abaisse la tête, puis elle lui donne des coups de pied dans les jambes, dans la poitrine et dans le dos; elle se dirige vers la porte de la chambre comme pour sortir, mais elle ne sort pas; elle s'arrête près de la porte et fond en larmes.

Au bout de quelques moments, quand elle juge que son amant a fait par ses paroles et ses actes tout ce qu'il pouvait pour se réconcilier, elle doit se montrer satisfaite en le serrant dans ses bras et en lui témoignant son désir de s'unir à lui pour tout oublier; alors la réconciliation est parfaite.