Le jour se leva. Le soleil, rouge et découpé comme un énorme pain à cacheter, traçait sur la mer un triangle de feu, et les eaux semblaient bouillir, comme si elles reflétaient un incendie.
Antonio empoigna le gouvernail; son compagnon se tenait près du mât; le gamin, à la proue, interrogeait la mer. De la poupe et du bordage pendait toute une chevelure de fils, qui traînaient leurs appâts dans l’eau. De temps en temps une secousse et vite, un poisson en l’air, un poisson frétillant, un poisson luisant comme l’étain. Mais c’était du menu fretin... rien en somme!
Ainsi passaient les heures; la barque allait toujours de l’avant, tantôt couchée sur les vagues, tantôt sautant soudain, et découvrant sa carène rouge. Il faisait chaud et Antonio se glissait par l’écoutille, pour boire au baril d’eau, dans l’étroite cale.
A dix heures, ils avaient perdu de vue la terre; on ne voyait plus du côté de la poupe que les voiles lointaines des autres barques tels des ailerons de poissons blancs.
—Antonio! lui cria son camarade ironiquement. Allons-nous à Oran? Puisque le poisson ne donne pas, pourquoi aller plus loin?
Antonio vira, et la barque se mit à courir des bordées, mais sans se diriger vers la terre.
—Maintenant, dit-il gaiement, prenons une bouchée. Camarade, apporte le panier. Le poisson mordra quand ça lui fera plaisir.
Chacun se coupa une énorme tranche de pain, et prit un oignon cru, qui fut écrasé à coups de poing sur le bordage.
Il y avait une forte brise, et la barque tanguait rudement sur les vagues, aux ondulations longues et profondes.
—Père! cria Antoñico, de la proue, un gros poisson, un très gros!... un thon!