Le compagnon fit une grimace désolée. N’avaient-ils pas failli eux-mêmes tomber à l’eau? Etourdi par quelque coup, l’enfant était allé sans doute au fond, comme une balle. Mais le compagnon, bien que ce fût là sa pensée, garda le silence.
Au loin, à l’endroit même où la barque avait failli couler, un objet noir flottait sur les eaux.
—Le voilà!
Le père se jeta à la mer, et nagea vigoureusement, pendant que son compagnon carguait la voile.
Antonio nageait toujours, mais ses forces l’abandonnèrent presque, quand il se fut convaincu que l’objet n’était qu’une rame tombée de sa barque.
Quand les vagues le soulevaient, il se dressait hors de l’eau presque debout, pour voir plus loin. De l’eau, partout! Sur la mer, il n’y avait que lui, la barque qui s’approchait, et une courbe noirâtre, qui venait de surgir et se contractait horriblement au milieu d’une grande tache sanglante.
Le thon était mort... mais qu’importait au père? Dire que cette bête lui coûtait la vie de son fils unique, de son Antoñico! Dieu! Était-ce là une façon de gagner son pain?
Il nagea encore plus d’une heure, croyant, à chaque frôlement, que le corps de son fils allait surgir sous ses jambes; s’imaginant que les sombres profondeurs des vagues étaient le cadavre de l’enfant, flottant entre deux eaux.
Il serait resté là; il y serait mort avec son fils. Son compagnon dut le repêcher et le remettre de force dans la barque, comme un enfant rebelle.