Mais eux, ils souriaient, avançant toujours. Ils allaient sauver tout ce qu’ils pourraient. Si les petits-fils du père Rabosa avaient été là, eux, les Casporra, n’auraient pas bougé de la maison. Mais il ne s’agissait là que d’un pauvre vieux, ils devaient lui porter secours, en hommes de cœur. Et maintenant, c’était le tour du mobilier. On les voyait plonger dans la fumée, et se démener comme des diables, au milieu d’une pluie d’étincelles.

Bientôt la multitude poussa un grand cri en voyant les deux frères aînés sortir de la maison avec le plus jeune dans leurs bras. Un madrier, dans sa chute, lui avait cassé une jambe.

—Vite, une chaise!

La foule, dans sa précipitation, arracha le vieux Rabosa de son fauteuil de sparte, pour y asseoir le blessé.

Le jeune homme, les cheveux roussis, la figure noire de fumée, souriait, dissimulant les douleurs aiguës, qui lui crispaient les lèvres. Il se sentit soudain saisir les mains par des mains de vieillard, tremblantes et rugueuses.

—Mon fils! mon fils! gémissait la voix du père Rabosa, qui s’était traîné jusqu’à lui.

Et avant que le blessé pût l’éviter, le paralytique chercha, de sa bouche édentée, les mains qu’il serra et baisa longtemps, en les baignant de larmes.

*
* *

Toute la maison brûla. Quand les maçons furent appelés pour en construire une autre, les petits-fils du père Rabosa ne commencèrent point par nettoyer le terrain couvert de noirs décombres. Auparavant, ils avaient à faire un travail plus urgent: il fallait jeter bas le mur maudit! Le pic en main, ils donnèrent eux-mêmes les premiers coups...

PRINTEMPS TRISTE