Watson balbutia de vagues excuses, mais elle continua:

—Peut-être vous a-t-on dit du mal de moi? N’essayez pas de le nier: il n’est pas étonnant qu’on me traite ainsi. Les femmes sont si souvent calomniées. Nous nous faisons tant d’ennemis en refusant d’accéder à certains désirs!

Hélène avait pris un ton ingénu pour formuler ses plaintes. Elle était tout près de Richard et le jeune homme était troublé par le parfum de sa chair saine et soignée.

—Je suis bien malheureuse, Watson, ajouta-t-elle. J’attendais une occasion opportune pour vous le confier. Vous me croyez coquette et je m’étourdis pour me masquer à moi-même le vide de ma vie. Depuis des années je me sens bien seule!

Richard avait perdu la méfiance qu’il éprouvait tout à l’heure; il l’écoutait avec un intérêt naïf et la croyait:

—Mais votre mari?

A cette innocente question une lueur d’ironie parut trembler dans les yeux d’Hélène. Mais elle dissimula son étonnement moqueur pour répondre avec tristesse.

—Ne parlons pas de lui. C’est un excellent homme, mais il n’est pas le mari qu’il faut à une femme comme moi. Il n’a jamais su me comprendre. D’ailleurs c’est un faible dans la bataille de la vie et moi, qui étais née pour atteindre aux plus hautes destinées, je suis restée ce que je suis et je suis venue échouer dans ce pays presque sauvage, parce qu’il lui manquait les qualités essentielles.

Elle regarda fixement Watson qui, interdit, baissait les yeux, et elle reprit, d’un ton pensif:

—Soyez sûr qu’un homme jeune et énergique serait allé loin avec une femme comme moi à son côté.