—Allez la saluer pour qu’elle ne vous importune plus de sa surveillance et venez me rejoindre.
Après avoir lancé ces mots d’un ton impératif elle mit son cheval au trot vers l’intérieur des terres, foulant les rudes buissons qui craquaient en se brisant comme du bois sec.
Aussitôt Celinda cessa d’évoluer dans le lointain et elle courut ventre à terre au-devant de Richard. Quand elle fut près de lui, elle le menaça du doigt en imitant l’expression sévère d’un précepteur qui réprimande un élève. Puis elle dit avec une gravité comique:
—Ne vous ai-je pas dit plus de cent fois, mister Watson, que je ne voulais pas vous voir avec cette femme-là? Je passe maintenant des jours entiers à courir la campagne inutilement et si j’arrive enfin à rencontrer monsieur, je le trouve toujours en mauvaise compagnie.
Mais Watson n’était plus le même homme; il ne rit pas de cette feinte colère. Au contraire, il parut froissé par le ton plaisant qu’elle avait pris, et il répondit sèchement:
—Je puis aller avec qui il me plaît, mademoiselle. Il n’existe entre nous qu’une bonne amitié malgré ce que trop de gens supposent à tort. Vous n’êtes pas ma fiancée et je n’ai aucune raison de rompre avec mes relations pour obéir à vos caprices.
Celinda demeura stupéfaite et Richard en profita pour s’éloigner en saluant sèchement, dans la direction qu’avait prise Hélène.
La fille de Rojas se rendit compte que l’Américain s’échappait réellement; elle fit un geste de colère, tout en lui criant des phrases suppliantes:
—Ne partez pas, gringuito. Ecoutez-moi, don Ricardo; ne vous fâchez pas... J’ai dit cela pour rire comme les autres fois.
Watson feignait de ne pas entendre et continuait sa course; elle saisit alors le lasso qui pendait à l’arçon de sa selle, le déroula pour le lancer sur le fugitif.