Son ami s’en rendit compte et voulut changer le cours de la conversation. Il parla de sa femme avec une espèce d’orgueil. Il semblait considérer qu’il avait remporté le plus grand triomphe de son existence, le jour où elle avait consenti à accepter sa main.

Il reconnaissait qu’Hélène exerçait un grand pouvoir de séduction sur tout ce qui les entourait. Mais comme il n’avait jamais eu le moindre doute au sujet de sa fidélité conjugale, il était fier de marcher humblement derrière elle, presque perdu dans le sillage que traçait sa marche triomphale.

En réalité, si on lui procurait des occupations généreusement rétribuées, si on l’invitait, si on le recevait partout avec plaisir il le devait uniquement à son titre d’époux de «la belle Hélène».

—Tu la verras bientôt... car tu restes à déjeuner avec nous. Ne dis pas non. J’ai des vins excellents et puisque tu es venu des antipodes pour manger du fromage de Brie, tu en auras à en mourir d’indigestion.

Et aussitôt, il abandonna son accent léger pour dire d’une voix émue:

—Tu ne peux pas savoir à quel point je suis heureux de te faire connaître ma femme. Je ne te parle pas de sa beauté, on l’appelle «la belle Hélène»; mais elle a mieux que sa beauté. J’aime plus encore son caractère gai, presque enfantin. Elle a parfois des caprices et il lui faut beaucoup d’argent pour vivre; mais quelle femme ne ferait de même!... Je crois qu’elle sera heureuse aussi de te connaître... Je lui ai si souvent parlé de mon ami Robledo.

II

La marquise de Torrebianca trouva «très intéressant» l’ami de son mari.

Elle était rentrée chez elle de fort bonne humeur et semblait avoir oublié les soucis que lui causait tout à l’heure son manque d’argent; sans doute avait-elle trouvé le moyen de payer son créancier ou de le faire patienter.

Pendant le déjeuner, Robledo dut beaucoup parler pour répondre à ses questions et satisfaire la curiosité véhémente que semblaient lui inspirer tous les épisodes de sa vie.