Les autres témoins placés à quelque distance de lui regardaient avec une émotion mal dissimulée. Le médecin, toujours agenouillé à côté de sa trousse, leva la tête et ouvrit de grands yeux.

Torrebianca rapprocha ses mains et dit lentement:

—Feu!... Un...

Les deux adversaires abaissèrent ensemble leur pistolet.

Pirovani, qui à ce moment était surtout préoccupé de ne pas faire feu après le troisième coup, se hâta de tirer. Son ennemi cligna légèrement un œil et contracta un peu la joue du même côté, comme s’il eût senti le vent du projectile. Mais il recouvra immédiatement son impassibilité farouche et continua de viser.

Le marquis frappa un second coup dans ses mains, et dit lentement: «Deux».

Pirovani restait désarmé devant un adversaire indemne. Le frisson de la peur passa sur son visage comme un nuage rapide; mais ce ne fut qu’un instant. Aussitôt après, il regarda Canterac qui le visait encore, se croisa les bras, appuya contre sa poitrine le pistolet inutile et présenta tout son corps de face avec une folle jactance, comme pour défier la mort.

Moreno, que son angoisse forçait à chercher un appui, saisit l’épaule de Rojas. L’estanciero avait les lèvres serrées.

—Il va le tuer, pucha!... dit-il entre ses dents.

Le directeur du combat frappa le troisième coup: «Trois». Canterac venait de faire feu. Tous coururent dans la même direction, sauf le capitaine qui demeura immobile, le bras pendant, le pistolet encore fumant à la main.