—C’est un de ceux qui ont enlevé la petite patronne.

Watson eut beau tendre le cou pour regarder, il ne put voir aucune autre personne. Abandonnant son observatoire, il recula en rampant et, revenu au pied de la colline, il tira de sa poche un crayon et une lettre oubliée dont il déchira un feuillet. Cachafaz le regardait écrire de ses yeux de petit animal rusé, comme s’il devinait ce qu’on attendait de lui. Richard lui remit le papier puis lui montra l’endroit où il avait laissé son cheval.

—Cours au village et remets cette lettre à M. Robledo, l’ingénieur, ou au commissaire... au premier des deux que tu rencontreras.

Il voulut ajouter d’autres explications, mais le lutin à peau cuivrée n’était plus là pour les entendre. Il s’était lancé sur la pente et un instant après il sautait sur le cheval et disparaissait au galop. Richard recommença l’ascension du coteau sablonneux pour aller observer ce qui se passait dans le rancho. Il aperçut cette fois deux hommes: celui qu’il avait déjà vu et qui était toujours assis par terre, sa carabine en travers des genoux, et devant lui, debout, armé des seules armes qu’il portait à sa ceinture, un gaucho qu’il reconnut immédiatement: c’était Manos Duras. Tous deux causaient, mais il ne put entendre leurs paroles à cause de la grande distance qui le séparait d’eux. Son observation était donc inutile pour le moment. Il ne put songer non plus à les attaquer même en profitant de la surprise, car il ne voyait que deux de ses ennemis; les autres étaient certainement à l’intérieur des ruines, en train de dormir peut-être.

«Où peuvent-ils garder Celinda?» pensa le jeune homme.

Toujours se traînant au milieu des buissons il commença de suivre le contour de la colline sablonneuse pour tâcher d’examiner les ruines du côté opposé. Les deux bandits continuèrent à parler sans se douter qu’au haut de la pente voisine un homme rampait pour les espionner.

Le compagnon de Manos Duras, celui qu’on appelait Piola, se mit à lui parler sur un ton de reproche.

—Tu sais très bien que je n’aime pas les affaires où les filles sont mêlées. Il est rare qu’elles finissent bien, et, de plus, elles font un fracas de tous les diables. Il aurait mieux valu aller rafler du bétail au Limay pour le vendre ensuite dans la Cordillère. Il aurait mieux valu aussi emmener les vaches du vieux Rojas et en faire du bon argent que de nous amuser comme des gamins à lui enlever sa génisse.

Manos Duras fit le geste de l’homme supérieur qui ne juge pas à propos d’expliquer l’opportunité de ses actes; Piola continua:

—Tu as peut-être des raisons pour agir ainsi. Nous t’avons aidé comme des frères, mais si on t’a payé pour enlever la demoiselle, tu devrais partager avec nous.