Son agresseur fit quelques pas vers lui pour assurer son coup au moment même ou Manos Duras, attiré par le bruit de la lutte, avançait la tête à l’angle du bâtiment. Il vit don Carlos, déjà à cheval, braquer son revolver sur Piola. Il prit lui aussi le sien dans sa ceinture pour tirer sur l’estanciero, mais il n’en eut pas le temps. Entre eux deux s’interposait l’autre cavalier andin qui était jusque-là resté en observation.
—Voilà du monde!... beaucoup de monde!...
Les chiens arrivèrent derrière lui; ils bondissaient en avant puis reculaient en aboyant vers les ennemis invisibles.
A partir de ce moment, les événements semblèrent se précipiter et se superposer avec une incroyable rapidité.
Manos Duras fut le premier à agir, il courut à son cheval qui continuait à brouter l’herbe sans s’effrayer des coups de feu qu’il s’était dès longtemps accoutumé à entendre. Puis il disparut derrière le rancho.
Piola parut oublier Watson pour penser à sa propre sécurité. C’était aussi un homme de cheval qui se sentait plus sûr de lui et plus fort en selle qu’à pied. Il monta à cheval, tenant toujours sa carabine à la main droite, et rejoignit son camarade. Tous deux allèrent se placer à côté du peloton de chevaux et se disposèrent à défendre jusqu’à la mort le chargement de sacs et de ballots qui représentait la fortune de la communauté.
Rojas sembla oublier leur existence et s’approcha de Watson pour lui demander avec une ingénuité émue:
—Qu’avez-vous, gringuito?... Ils vous ont tué?
La blouse du jeune homme était marquée à l’épaule d’une tache noire qui allait s’élargissant; mais il se releva et répondit avec un pâle sourire:
—Ce n’est rien: une égratignure seulement.