A la terrasse d’un café il acheta un journal et, avant même de l’ouvrir, il eut le pressentiment que la feuille fraîchement imprimée lui réservait une surprise. Un instinct confus l’avertit qu’il allait trouver la clef d’un mystère jusqu’alors impénétrable!... Au même instant ses yeux tombèrent sur un titre de la première page: «Suicide d’un banquier».
Avant d’avoir lu le nom du désespéré il eut la certitude de le connaître. Ce ne pouvait être que Fontenoy. Aussi n’éprouva-t-il aucune surprise en lisant la suite. Les détails du suicide lui semblèrent des faits naturels et banals, comme si quelqu’un lui eût déjà conté toute l’histoire.
On avait trouvé Fontenoy dans son luxueux appartement, étendu sur le lit, la main droite serrant encore le revolver avec lequel il s’était donné la mort.
Depuis la veille la nouvelle de sa faillite circulait dans les milieux financiers. Cette banqueroute se présentait de telle sorte que l’intervention de la justice était inévitable. Ses actionnaires l’accusaient d’escroquerie; le juge se proposait de vérifier le lendemain sa comptabilité; beaucoup de gens s’attendaient donc à l’arrestation immédiate du banquier.
Le colonisateur relut deux fois la fin de l’article:
«La mort de cet homme découvre le piège où se sont laissés prendre ceux qui lui ont confié leur argent. Ses entreprises minières et industrielles d’Asie et d’Afrique sont presque illusoires. Leur possible développement est à peine commencé, alors qu’il les avait présentées au public comme des affaires en pleine prospérité. Cet homme, affirment certains, a commis plus d’erreurs que de crimes, mais il a tout de même ruiné bien des gens. Il semble en outre qu’une grande partie de l’argent des actionnaires lui ait servi à couvrir des dépenses personnelles. La terrible responsabilité qui lui incombe s’étendra sans aucun doute à ceux qui collaborèrent avec lui à la direction de ces malhonnêtes entreprises.»
En dernière heure on considérait comme probable l’arrestation de quelques personnalités connues qui travaillaient aux ordres du banquier.
Oubliant le mort, Robledo ne pensa plus qu’à son ami: «Pauvre Frédéric, que va-t-il devenir?...» Il prit immédiatement un taxi et se fit conduire avenue Henri-Martin.
Le valet de chambre de Torrebianca le reçut avec un visage funèbre, comme si la mort eût frappé la maison. Le marquis était sorti à midi, aussitôt après avoir appris par téléphone la nouvelle du suicide, et il n’était pas rentré.
—Madame la marquise est malade, ajouta le domestique, et ne veut recevoir personne.