Le découragement de son ami l’avait beaucoup inquiété tout d’abord et il préférait l’aider à reprendre confiance en l’avenir; il passerait ainsi une meilleure nuit.

—Tu verras, Frédéric, tout s’arrangera. N’attache pas trop d’importance à ce que disent les anciens parasites de Fontenoy. C’est la peur qui les fait parler.

En se levant, le jour suivant, l’Espagnol demanda avant tout les journaux. Tous se montraient pessimistes et menaçants dans leurs commentaires sur ce suicide qui prenait l’importance d’un grand scandale parisien, et ils auguraient que la justice allait faire incarcérer dans les quarante-huit heures plusieurs personnalités bien connues. Robledo crut même deviner dans un de ces journaux des allusions vagues aux rapports de certain ingénieur protégé de Fontenoy.

Lorsqu’il revit Frédéric dans sa bibliothèque il le trouva plus vieilli et plus découragé encore que la veille. Sur une table il aperçut les journaux que lui-même avait déjà lus.

—On veut me mettre en prison, dit Torrebianca d’une voix plaintive, moi, qui n’ai jamais fait de mal à personne. Je ne puis comprendre pourquoi on s’acharne ainsi contre moi.

Robledo tenta en vain de le consoler.

—Quelle honte! continua-t-il. Jamais personne ne m’a fait peur et pourtant je ne peux soutenir le regard de ceux qui m’entourent. Quand mon valet de chambre me parle, je baisse les yeux pour ne pas rencontrer les siens. Que doit-on dire de moi dans ma propre maison?

Humble et abattu comme s’il fût revenu aux années de son enfance, il ajouta:

—J’ai peur de sortir. Je tremble à la pensée que je rencontrerai peut-être les mêmes personnes que j’ai si souvent vues dans les salons et qu’il me faudra leur expliquer ma conduite, supporter leurs regards ironiques et leurs paroles de fausse commisération.

Il se tut un instant puis reprit, avec un accent admiratif: