Il fallait bien croire à ces phrases qui peut-être contenaient leur seule chance de salut; mais maintenant, après avoir entendu Robledo exposer son plan, elle sentait s’écrouler son optimisme.
Les promesses de ses amis n’étaient que de doux mensonges; personne ne ferait rien pour eux en les voyant dans le malheur; la justice suivrait son cours. Son mari irait en prison et elle devrait recommencer sa vie... Recommencer! et cela dans un monde trop vieux, où elle aurait peine à trouver un endroit qu’elle n’eût pas déjà connu... et contre tant d’amies avides de vengeance!
Robledo vit passer dans ses yeux une expression toute nouvelle. Elle avait peur; peur, comme une bête traquée. Pour la première fois il surprit dans la voix d’Hélène un accent de sincérité.
—Vous êtes le seul, Manuel, à voir clairement notre situation; vous seul pouvez nous sauver... mais emmenez-moi aussi. Je n’ai pas la force de rester... J’aimerais mieux mendier dans un monde qui ne sera pas celui-ci.
Il y avait dans cette prière tant de tristesse et de douceur que l’Espagnol eut pitié et qu’il oublia ses pensées hostiles.
Torrebianca dut se rendre compte de la faiblesse subite de son ami; il en profita pour affirmer avec énergie:
—Je te suis avec elle ou je reste avec elle, quoi qu’il arrive.
Robledo eut encore un mouvement d’hésitation; puis il accepta d’un geste de la tête. Immédiatement il eut un regret; il lui sembla qu’il venait d’approuver une chose absurde.
Hélène, qui oubliait avec une étonnante facilité les angoisses de l’heure, se mit à rire:
—J’ai toujours adoré les voyages, dit-elle avec enthousiasme; je monterai à cheval, je chasserai les bêtes féroces, j’affronterai de grands dangers. Je vivrai une existence plus savoureuse que celle d’ici, une vie d’héroïne de roman.