Tous attendirent son apparition comme l’événement de cette veillée.
Il ouvrit la porte et resta quelques instants immobile sur le seuil,—comme avait fait l’autre—pour se rendre compte de l’effet produit par son entrée. Il était en habit; mais c’était un habit extraordinaire, éblouissant, où, sur la soie des revers zigzaguaient des moirures larges comme les veines du bois; son gilet blanc était richement brodé; à la boutonnière, il arborait un gardénia. Sur son plastron, où luisait une perle énorme, tranchait le large ruban noir d’un inutile monocle.
Il avait l’allure solennelle et magnifique d’un directeur de cirque ou d’un prestidigitateur célèbre et il affectait une impassible gravité, pour dissimuler son émotion. Il salua les hommes avec un air de fierté virile, et, s’inclinant devant «madame la marquise», lui baisa la main.
Un étonnement ironique brilla dans les yeux d’Hélène. Tout ce qui venait de Pirovani la faisait sourire. Cependant, flattée qu’il se fût ainsi transformé pour lui plaire, elle accueillit l’entrepreneur avec de grandes démonstrations d’amitié et le fit asseoir près d’elle.
Canterac se tint à l’écart, offensé de cette préférence inaccoutumée; Moreno paraissait scandalisé et disait à Robledo en montrant le frac de Pirovani:
—Voilà donc le grave objet de son mystérieux voyage!
L’Espagnol s’éloigna de lui et s’approcha de Watson qui, encore tout étourdi après l’entrée théâtrale de l’Italien, le considérait en se retenant de rire.
—Après le smoking, le frac, murmura Robledo. Le carnaval envahit notre désert et cette femme va tous nous rendre fous.
Il regarda le costume de l’Américain qui ressemblait au sien: un costume pratique, fait pour travailler à l’air libre, et sans mot dire, il considéra l’aspect que présentaient les autres.
Puis il pensa: