—Contentez-vous de ceci, dit-elle.

Pirovani couvrit cette main de tant de baisers enthousiastes qu’elle dut à la fin la retirer et l’inviter, en le menaçant du doigt, à demeurer prudent; puis elle continua de visiter la maison.

L’entrepreneur suivait tous ses pas; il semblait regretter son audace et aussi d’avoir si facilement obéi à cette femme.

Mais malgré tous ces sentiments opposés, il se rappelait le contact de cette main odorante et fine et il savourait son triomphe. Il persistait dans son opinion: «Oh! les grandes dames!... Il n’y a pas d’autres femmes au monde.»

VIII

L’aspect de la maison de Pirovani changea beaucoup après l’installation des Torrebianca.

A travers les vitres des fenêtres on apercevait maintenant d’élégants rideaux; on ne voyait plus, sur les galeries extérieures, des domestiques crasseuses procéder en plein air à certains soins de toilette. La présence de cette dame, si élégante et si belle, avait obligé les serviteurs à prendre plus de soin de leur personne. Pour la grosse Sébastienne elle-même c’était, comme disaient ses amies, «dimanche tous les jours».

Les habitants de la Presa eurent une surprise nouvelle, outre l’arrivée d’Hélène dans la maison de l’entrepreneur. Dans le salon de Pirovani il y avait un piano demi-queue; personne jusqu’alors ne l’avait ouvert.

L’Italien l’avait acheté à Buenos-Ayres pour rendre service à l’un de ses compatriotes, marchand d’instruments de musique. On lui avait dit, d’ailleurs, qu’il n’est pas de salon distingué sans un piano, mais un piano horizontal, au couvercle à demi soulevé.

Quand il avait fait l’emplette du précieux instrument, il croyait bien que jamais personne à la Presa ne l’utiliserait. Lorsque Hélène, qui ne cessait de fumer pendant les heures de solitude, était lasse de parcourir toutes les pièces, la cigarette aux lèvres, pour admirer l’élégance et le confort de sa nouvelle maison, elle ouvrait le piano et laissait courir ses doigts sur les touches. Pendant des heures entières elle répétait des romances de sa jeunesse, inconnues presque de la génération venue après elle, ou elle rejouait les airs qui étaient à la mode au moment où elle avait fui Paris.