Moreno était l’ami de tout le monde; il n’avait jamais détesté réellement personne; il crut devoir prendre la défense de l’absent.
—Je vous assure que l’Italien est un très brave homme; je suis certain qu’il vous aime beaucoup.
Mais Canterac refusait d’écouter toute parole conciliante.
—Il manque de tact; il est toujours en travers de mon chemin. Cela pourrait finir mal pour lui.
Ils entrèrent, et le marquis vint les recevoir. Ils passèrent au salon et s’arrêtèrent, immobiles, tandis qu’Hélène continuait de chanter, comme si elle n’eût pas remarqué leur entrée.
Deux autres invités, Robledo et Pirovani, se rencontrèrent devant la maison. L’Italien portait, par-dessus son habit, une pelisse neuve et s’était coiffé d’un haut de forme reluisant qu’il avait commandé par télégramme à Bahia Blanca, comme si un démon familier lui eût rapporté les malins propos de son ami Moreno.
Dans les groupes de curieux, que la nuit cachait à demi, on riait et on chuchotait. Les uns se moquaient du cylindre de soie brillante où l’entrepreneur avait fourré sa tête; d’autres l’admiraient, fiers qu’on trouvât dans leur désert de tels chapeaux.
—Je viens en visite chez moi, en somme, dit Pirovani, pour faire admirer sa générosité.
—Vous avez eu tort de céder votre maison, répondit simplement Robledo.
L’Italien prit un air de supériorité.