Elle continua tristement:

—Et puis, que va-t-il gagner? Peut-être des centimes, quand déjà vous avez amassé des milliers et des milliers de pesos... Ah! j’aurais mérité un autre homme!

Elle releva la tête et sourit mélancoliquement en regardant l’Espagnol.

—Mon bonheur eût été, peut-être, de rencontrer un compagnon comme vous: entreprenant, énergique, capable de dompter la fortune rebelle... Il vous a manqué, à vous aussi, pour assurer votre triomphe, une femme inspiratrice d’enthousiasme.

Robledo à son tour sourit, l’air bon enfant.

—Il est bien tard pour parler de ces choses.

Mais elle le regarda dans les yeux, tout en protestant contre ce découragement.

—Il n’est jamais trop tard pour agir dans la vie. Les hommes énergiques sont semblables aux terres exubérantes des tropiques, qui connaissent la mort, jamais la vieillesse, car un printemps infatigable y fait lever une vie toujours nouvelle. Ils disposent de la volonté qui commande l’imagination; et l’imagination, comme un peintre fou, répand sur la toile grise de la réalité les couleurs éclatantes de sa palette.

Tout en parlant, Hélène avait approché son visage de celui de Robledo. Ses yeux semblaient vouloir pénétrer ceux de l’Espagnol; un moment, il se troubla, mais il se reprit aussitôt et secoua la tête.

—Ce que vous dites, chère amie, est sans doute fort intéressant; mais les hommes vraiment énergiques évitent de compliquer leur existence en ressuscitant des printemps trompeurs.