—Hors d’ici! hors d’ici, cria-t-il.
Les jeunes gens obéirent. Ils quittèrent la ferme et allèrent tenir conseil en pleins champs. Febrer sortit à son tour, malgré la résistance de Pép.
Les atlóts semblaient en désaccord. Ils discutaient âprement, quelques-uns protestant contre l’acte de Febrer... Attaquer ainsi le pauvre Cantó, un malade incapable de se défendre... D'autres hochaient la tête: cela devait arriver. On ne peut impunément insulter un homme. Pour eux, ils s’étaient opposés à ce que le Cantó chantât ces couplets agressifs; ils étaient partisans de ceci: quand on a quelque chose à reprocher à un individu, on le lui dit en face.
Chacun soutenant sa manière de voir, ils allaient en venir aux mains, quand le Cantó vint les distraire de leur querelle.
Il s’était délivré du tambourin incrusté sur son crâne, et, tout en essuyant son front sanglant, il pleurait avec cette rage des faibles qui rêvent les pires vengeances, tout en se sentant esclaves de leur impuissance.
—M'avoir traité ainsi, moi! moi! gémissait-il, stupéfait de cette attaque.
Soudain, il se baissa et, ramassant des pierres sur le chemin, il les lança contre Jaime. Mais ses bras étaient trop faibles; les projectiles se perdirent dans l’ombre. Les amis du Cantó l’emmenèrent dans la nuit. Il proférait des menaces, jurant de se venger, de tuer l’insolent... Le Majorquin ne mourrait que de sa main.
Febrer demeura immobile au milieu de ses ennemis. Il avait honte de son emportement. Pour étouffer ses remords, il lança à mi-voix d’orgueilleux défis. C'était un autre qu’il aurait voulu entendre chanter!... Et, des yeux, il cherchait le Ferrer, prêt à le défier. Mais le redoutable vérro avait disparu.
Quand, une demi-heure plus tard, tout bruit se fut évanoui, Febrer reprit le chemin de la tour, le revolver au poing, comme s’il eût craint une mauvaise rencontre... Personne ne parut.