—Très bien! très exact! criait-il. Est-il drôle, ce Cantó!
Après les premières strophes, l’improvisateur affecta de ne plus adresser son chant aux atlótas en générât, mais bien à une seule dont l’ambition avait étouffé le cœur.
Instinctivement, Febrer regarda Margalida.
Celle-ci conservait une immobilité de statue. Les yeux baissés, les joues pâles, elle semblait effrayée, non de ce qu’elle entendait, mais de ce qui, certainement, allait suivre.
Jaime commença de s’agiter sur son siège avec une visible impatience. Il était un peu fort, vraiment, que ce rustre vînt ainsi molester la jeune fille... en sa présence! Un nouvel éclat de rire plus strident, plus insolent, attira de nouveau son attention sur les vers du Cantó. Celui-ci se gaussait de l’atlóta qui, pour devenir une dame, voulait se marier avec un sans-le-sou, ne possédant ni maison, ni famille; un étranger qui n’avait même pas de terre à cultiver...
L'effet de ce couplet se produisit instantanément.
Si épaisse que fût son intelligence, Pép comprit. Il se leva brusquement, étendit les bras d’un geste impérieux et s’écria:
—Assez! assez!
Mais cette intervention avait trop tardé. Entre le fermier et la lumière, Febrer venait de bondir sur le Cantó. D'un mouvement brusque, il lui arracha son tambourin et lui en coiffa la tête avec une telle impétuosité que les deux peaux de l’instrument crevèrent, et que la caisse bosselée resta comme un bonnet tordu sur le front ensanglanté du chanteur.
Sans se rendre un compte exact de ce qu’ils allaient faire, les atlóts quittèrent tous ensemble leurs sièges et portèrent vivement la main à leurs ceintures, où étaient dissimulés leurs couteaux. En gémissant, Margalida alla se réfugier auprès de sa mère et le Capellanét crut enfin le moment venu de sortir son arme. Avec l’autorité que lui donnait son âge, le père intervint: