Ensuite, d’un air grave, le Capellanét parla de la ridicule peur des femmes, qui voulaient faire avertir les gendarmes de San José, et il ajouta:

—Vous ne ferez pas cela, don Jaime, n’est-ce pas que ce serait absurde? Les gendarmes ne sont bons qu’à défendre les lâches!

Le sourire méprisant et le haussement d’épaules de Jaime lui rendirent sa gaieté.

—Ah! j’en étais bien sûr! Ce n’est pas l’usage dans l'île... seulement, comme vous êtes étranger!... Un homme doit se défendre lui-même, et dans les cas graves, il fait appel à ses amis.

Le Capellanét voulut tirer quelque profit des événements en conseillant à Febrer de le prendre avec lui pour habiter la tour.

—Demandez-le à mon père, don Jaime; il n’osera vous refuser un si petit service. Il est nécessaire que je reste nuit et jour auprès de vous: ainsi nous serons deux pour recevoir les ennemis! Et faites votre demande sans retard. Vous savez que mon père est irrité contre moi, qu’il va certainement me ramener à Iviça, au début de la semaine prochaine, pour m’enfermer au séminaire. Que ferez-vous quand vous serez privé du meilleur de vos amis?

Pour démontrer l’utilité de sa présence, le malin garçon censurait les regrettables oublis de Febrer au cours de la nuit précédente:

—Quelle idée avez-vous eue, don Jaime, de mettre la tête à la porte, alors que votre ennemi vous défiait, de l’abri sûr où il se dissimulait avec une arme toute prête?

Alors, à quoi a servi la leçon que je vous avais faite? C'est par miracle que vous n’avez pas été tué. Ne vous souvient-il plus de mes conseils? Ne vous avais-je pas expressément recommandé de sortir par la fenêtre, de l’autre côté de la tour, pour surprendre le bandit?

—Tiens, c’est vrai! fit Jaime, réellement confus de son impardonnable oubli.