—Ah! ah! ah! continuait le Capellanét, c’était un vrai chapelet de coups de revolver, qui répondait aux deux premiers. En les entendant, j’ai été tout de suite rassuré, car ceux-là j’étais bien sûr que c’étaient les vôtres. Pas vrai? Je l’ai dit tout de suite à Margalida: «Il n’est pas mort puisqu’il tire sur son meurtrier». Pour cette sorte de musique, moi, j’ai beaucoup d’oreille.
Et le garçon disait maintenant à Febrer comment sa sœur, désespérée, s’était vêtue en silence et avait voulu, tout d’abord, courir à la tour. «Tu m’accompagneras», avait-elle dit à Pepét, puis, subitement prise de peur, elle avait renoncé à ce projet; elle ne savait que pleurer... Ils avaient entendu le hurlement poussé près de la métairie, longtemps après les coups de feu; puis Margalida, rassurée par son frère, s’était recouchée. Mais tout le reste de la nuit, elle avait soupiré et prié.
Dès le matin, ils s’étaient tous levés, sauf Pép, qui continuait à dormir.
Les deux femmes, en proie aux plus lugubres pressentiments, s’attendaient, en ouvrant la fenêtre, à voir quelque terrifiant spectacle: la tour démolie et, dans ses ruines, le cadavre sanglant de don Jaime...
Aussi, comme le Capellanét avait ri de bon cœur, en voyant, de loin, la porte ouverte et, sur le seuil, tout comme les autres matins, don Jaime lui-même, plongeant son torse nu dans le baquet d’eau de mer qu’il lui apportait lui-même chaque soir. Il avait donc eu raison de se moquer des terreurs irraisonnées des femmes. On ne ferait pas aussi facilement passer de vie à trépas son grand ami. Et cela, il le disait... parce qu’il se connaissait en hommes.
Quand Febrer lui eut fait le récit détaillé des événements survenus au courant de la nuit, il examina très attentivement les deux trous creusés par les balles, puis il dit:
—Et votre tête se trouvait bien ici, où je place la mienne... Quelle chance!...
Dans son regard se reflétait l’admiration et une sorte d’enthousiasme pour cet homme extraordinaire que venait de sauver un véritable miracle.
Febrer, se fiant à la sagacité du jeune homme qui connaissait bien les gens du pays, lui demanda quel était, selon lui, l’agresseur. Le Capellanét sourit en prenant un air important.
—J'ai bien écouté le hurlement, fit-il. C'était tout à fait la manière du Cantó; et pourtant, ce n’était pas lui, j’en suis sûr! Si on interroge le Cantó, il répondra que c’était lui, pour se faire valoir. Mais non; l’agresseur, c’est le Ferrer. Il avait beau déguiser sa voix; Margalida et moi l’avons bien reconnue.