Le chien de Can Mallorquí, excité par les coups de feu, aboyait lugubrement. Dans la campagne, d’autres chiens lui répondaient... Le hurlement s’éloigna, mais ne cessa de se faire entendre, chaque fois plus faible, plus vague, et finit par se perdre dans le mystère de la nuit.
III
Au petit jour, le Capellanét se présentait à la tour. Il avait tout entendu; mais son père, dont le sommeil était lourd, ne savait rien encore des événements de la nuit. Le chien pouvait japper désespérément; on pouvait bombarder la maison... quand le bon Pép se couchait, après les durs travaux de la journée, il devenait aussi insensible qu’un mort. Quant aux autres membres de la famille, ils avaient passé une nuit d’angoisses.
La mère, après avoir vainement tenté de le réveiller, n’obtenant de lui que quelques incohérentes paroles, suivies aussitôt de nouveaux ronflements, s’était, dans son épouvante, mise à prier jusqu’à l’aube, pour l’âme du señor qu’elle croyait trépassé. De sa chambre, voisine de celle de Pepét, Margalida avait appelé celui-ci d’une voix craintive, aux premiers coups de feu:
—Entends-tu, Pepét?...
La pauvre enfant, terrorisée, s’était levée et avait allumé la lampe. Pâle, tremblante, avec des regards de folle, se tordant les bras et pressant sa tête dans sa main, elle criait:
—On a tué don Jaime... on l’a tué! mon cœur me le dit...
A ce moment, l’écho lointain de nouvelles détonations l’avait rejetée sur son lit, tremblante et bouleversée.