Un rectangle de lueur bleue, indécise, se dessina sur le mur.
Jaime venait d’ouvrir silencieusement la fenêtre.
Il sauta sur l’appui, laissa pendre ses jambes dans le vide et lentement commença de descendre, tâtant du pied pour s’accrocher aux saillies, tout en évitant de faire choir de petites pierres, ce qui eût dénoncé sa tactique.
En touchant terre, il tira le revolver de sa ceinture, et baissé, presque à genoux, s’appuyant d’une main au sol, il contourna la base de la tour. Ses pieds se prirent dans les racines de mélèze que le vent avait insensiblement déterrées et qui s’agrippaient au sable comme de noires couleuvres enlacées. Chaque fois qu’il trébuchait ou se sentait accroché, ce qui l’obligeait à tirer violemment sur la racine pour se dégager, chaque fois qu’un caillou roulait sous ses pas ou que les feuilles froissées faisaient entendre leur bruit de soie, il s’arrêtait, haletant, la respiration coupée. S'il pouvait tomber à l’improviste sur ce misérable en train de lancer à mi-voix, près de la porte, ses mortelles injures!
Sans cesser de se traîner, de ramper comme un reptile, il parvint à apercevoir les premières marches, puis l’escalier entier, enfin la porte, toute noire au milieu de la tour, que blanchissait la lueur des étoiles.
Personne!... l’ennemi avait disparu.
La surprise fit redresser Jaime, qui se mit à examiner avec inquiétude la sombre et mouvante tache formée par les buissons qui s’étendaient sur la pente droite du promontoire.
Cet examen fut de courte durée.
Une lueur rouge, qui sillonna l’air, suivie d’une légère fumée et d’une forte détonation, partit des tamaris, à très peu de distance de Jaime. Celui-ci crut recevoir une pierre dans la poitrine, une pierre chaude que le coup de feu avait fait sauter jusqu’à lui...
«Ce n’est rien», pensa-t-il.