Il avança la tête et crut percevoir parmi les rumeurs confuses de la nuit un léger craquement, comme si un chat montait l’escalier de la tour, en grimpant prudemment, avec de longues pauses.

Jaime chercha son revolver, le saisit et attendit. L'arme tremblait dans sa main. Il commençait à éprouver la colère de l’homme énergique qui devine la présence d’un ennemi, rôdant à sa porte.

La lente ascension s’arrêta à peu près au milieu de l’escalier; puis après un long silence, quelqu’un parla a voix basse de façon à n'être entendu que de Jaime. C'était bien la voix du Ferrer. Il la reconnaissait. Le vérro l’invitait à sortir, le traitant de lâche, et vomissant des injures contre les Majorquins et leur île abhorrée.

Cédant à un élan irréfléchi, Jaime se leva brusquement. La paillasse craqua sous le poids de ses genoux. Une fois debout dans l’obscurité, son revolver à la main, il se jugea ridicule et se remit à mépriser son agresseur.

Pourquoi attacher de l’importance aux cyniques paroles de ce repris de justice? Mieux valait se recoucher.

Un moment s’écoula sans que le Ferrer redonnât signe de vie, comme si, ayant entendu les craquements du lit, il croyait que Jaime se disposait à sortir. Mais comme aucun bruit ne se faisait entendre dans la tour, la voix injurieuse s’éleva de nouveau, bien distincte dans le calme environnant:

—Lâche! lâche! Sors donc, fils de p...!

Poussé à bout par un tel outrage, Jaime trembla de colère. Sa pauvre mère, si pure, si pâle, si faible, elle qui avait la douceur d’une sainte, il fallait que son image fût évoquée devant lui, salie par la plus ignoble des injures, que vomissait la bouche de ce misérable forçat!...

D'instinct, il se dirigea vers la porte, mais se heurta, dès les premiers pas, à la table et aux chaises qu’il avait entassées là.

—Non, pas la porte!...