Pendant plusieurs après-midi, Pablo et Jaime parlèrent du passé.
Valls était l’homme des rapides décisions.
—Tu sais que rien ne m’arrête quand il s’agit d’un ami. En débarquant a Iviça, j’ai vu le juge. Tout se terminera pour le mieux. Tu étais dans ton droit; tous les témoins le reconnaissent: cas de légitime défense; quelques formalités ennuyeuses, mais rien à craindre. Quant à ta santé, la question est résolue également. Qu’y a-t-il encore? Ah, oui, autre chose! mais je m’en charge!
Et, narquois, il riait bruyamment, en serrant les mains de Febrer, qui, de son côté, ne voulut pas lui en demander davantage, par crainte d’une déception.
Un jour, comme Margalida entrait dans la chambre, Valls la prit par le bras et l’amena près du lit.
—Regarde-la! cria-t-il avec une gravité bouffonne. C'est bien là celle que tu aimes? On ne te l’a pas changée? Non? Alors, donne-lui la main, grand niais! Qu’est-ce que tu as à la regarder avec des yeux stupéfaits?
Les deux mains de Febrer étreignirent celles de la jeune fille. Ainsi, c’était donc vrai?... Il chercha le regard de la bien-aimée, mais elle baissait obstinément ses paupières ambrées, tandis que l’émotion pâlissait ses joues et faisait palpiter ses narines.
—Maintenant, embrassez-vous! dit Valls en poussant doucement la jeune fille vers son ami.
Mais Margalida, comme si elle se sentait en danger, prompte, se dégagea et s’enfuit.
—Je comprends, murmura le capitaine, vous aimez mieux vous embrasser quand je ne serai plus là.