Febrer vit, à un tournant du chemin, une voiture immobile. Un homme en descendit, qui agitait les bras pour que le cocher de Jaime arrêtât les chevaux; puis il ouvrit la portière, et en riant, alla s’asseoir aux cotés de Febrer.
—Ah, c’est toi, capitaine! s’écria celui-ci, tout étonné.
—Tu ne m’attendais pas, hein?... Moi aussi je suis du déjeuner, je m’invite. C'est mon frère qui va être surpris!
Jaime serra la main du nouveau venu. C'était un de ses plus sûrs amis: le capitaine Pablo Valls.
III
Pablo Valls était connu de tout Palma. Quand il s’asseyait à la terrasse d’un café du Borne, autour de lui se formait un nombreux cercle d’auditeurs que faisaient sourire ses gestes énergiques et sa voix de tonnerre.
—Moi, je suis chueta, criait-il! Juif, tout ce qu’il y a de plus juif! Et après?... Dans ma famille, nous avons tous vu le jour dans la Calle[C]. Au temps où je commandais le «Roger de Lauria», je m’étais arrêté un jour à Alger devant la porte de la synagogue; un vieillard, après m’avoir regardé, me dit: «Tu peux entrer; tu es des nôtres!» Alors, je lui tendis la main et je lui dis: «Merci, mon coreligionnaire!»
[C] Il s’agit de la Calle de la Plateria, ou rue des Orfèvres, habitée exclusivement par les Chuetas.