—Ici, tu es plus tranquille, mon frère, ajouta le capitaine, et tu fais moins de péchés.

Febrer songeait que ce serait un supplice de passer sa vie à côté de ce soufflet crevé. Heureusement qu’il n’en avait pas pour longtemps. Ce ne serait qu’un ennui de quelques mois. Sa résolution d’entrer dans la famille n’était pas ébranlée. Allons, courage!

L'asthmatique, dans sa manie de bavardage, parlait à Jaime des illustres Febrer, ses ancêtres, les meilleurs gentilshommes de l'île.

—J'ai eu l’honneur d'être le grand ami de monsieur votre grand-père, don Horacio.

Febrer le regarda, étonné... Quel mensonge! Oui, son grand-père était connu de tous et il parlait à tous avec une gravité qui imposait le respect aux gens, sans les froisser. Mais de là, à être son ami!... Peut-être Benito Valls avait-il été en rapport avec don Horacio, à l’occasion d’un de ces emprunts que celui-ci était forcé de contracter pour soutenir l’éclat de sa maison en pleine décadence.

—J'ai connu aussi beaucoup monsieur votre père, continua don Benito, encouragé par le silence de Febrer. Je fis campagne pour lui, quand il fut élu député. Ah! cela date de loin! J'étais jeune et je n’étais pas riche... Dès ce temps-là, je figurais parmi les rouges.

Le capitaine l’interrompit en riant. Aujourd’hui son frère était membre de toutes les confréries de Palma.

—Oui, je suis conservateur, cria le malade en suffoquant. J'aime l’ordre... j’aime les vieilles coutumes... je veux voir commander ceux qui ont quelque chose à perdre. Et la religion? Ah, la religion!... Pour elle, je donnerais ma vie.

Et il mettait la main sur son cœur en respirant avec angoisse, comme si son enthousiasme l’étouffait. Il levait au ciel ses yeux de moribond, adorant avec le respect de la peur, la sainte institution qui avait brûlé ses ancêtres.

—Ne faites pas attention à ce que dit Pablo, continua-t-il, après avoir repris haleine, en s’adressant à Febrer; vous le connaissez; une mauvaise tête, un républicain, un homme qui pourrait être riche, et qui va atteindre la vieillesse, sans avoir deux pesetas.