Jaime fit un geste de protestation.
—Mais il est midi, grand-père!... Il faut rentrer.
Le vieux regarda le soleil qui dépassait le sommet du Vedrá. Il n’était pas encore midi, mais peu s’en fallait. Ensuite, il observa la mer...
—Le señor a raison. Maintenant d’ailleurs, les poissons ne mordraient plus guère... N'importe! Pour moi, je suis satisfait de ma journée.
De ses bras brunis, il tira la corde qui servait à hisser la petite voile triangulaire.
La barque pencha sur le côté, se balança de la poupe à la proue, sans avancer et, bientôt, commença de fendre l’eau, avec un doux clapotis.
Ils sortirent du chenal, laissant derrière eux le Vedrá et suivant la côte d'Iviça. Jaime tenait le gouvernail, tandis que le vieux, serrant le panier de poissons entre ses genoux, comptait et maniait les pièces avec satisfaction.
Ils doublèrent un promontoire et une nouvelle partie de la côte apparut. Sur un monticule de roches rouges, coupées çà et là par les taches foncées de buissons très verts, se détachait une tour massive et jaunâtre, un cylindre aplati, sans autre ouverture du côté de la mer qu’une haute fenêtre, trou noir aux contours irréguliers. Au faîte de la tour, une meurtrière qui avait servi jadis à placer un petit canon, se découpait sur l’azur du ciel. D'un côté du promontoire coupé à pic sur la mer, le terrain descendait, couvert de verdure, d’arbustes bas et touffus, au milieu desquels on découvrait la tache blanche du minuscule hameau.
L'embarcation mit le cap sur la tour et, avant d’y arriver, dévia vers une plage voisine, où la coque vint doucement toucher le fond de gravier.
La voile amenée, le bateau attaché à un petit rocher, Jaime et son matelot sautèrent sur le sol.