—Bon día!... Bon día!...
La famille de Pép vint saluer Febrer qui l’accompagna jusqu’à Can Mallorquí.
Pepét, le bimbau aux lèvres, ouvrait la marche. L'instrument rythmait ses pas avec un bourdonnement de grosse mouche. De temps en temps le jeune homme s’arrêtait pour lancer une pierre aux oiseaux ou aux lézards qui montraient leur tête fine dans les interstices des pierres. Margalida marchait auprès de sa mère, muette et distraite, ses immenses yeux fixés dans le vague, des yeux superbes de ruminant qui se posaient de tous côtés sans voir et sans refléter la moindre pensée. Elle ne paraissait pas se douter que le señor, l’hôte respecté de la tour, cheminait derrière elle. Pép, également absorbé, révélait ses pensées par des mots brefs qu’il adressait à Jaime, comme s’il éprouvait la nécessité de lui faire partager ses idées.
Febrer déjeuna à Can Mallorquí afin d’éviter aux enfants de Pép l’ascension de la tour. On s’assit autour d’une petite table basse, devant une grande casserole de riz, et bientôt les convives se mirent à causer gaiement.
Le Capellanét, oubliant tout à fait sa vie de séminariste et osant affronter les regards sévères de son père, parla du bal qui aurait lieu l’après-midi. Margalida songeait aux regards langoureux du Cantó et à l’orgueilleuse attitude qu’avait prise le Ferrer quand elle était passée devant les atlóts en entrant à l’église. La mère se contentait de soupirer:
—Ah! mon Dieu!... Ah! mon Dieu!...
Elle n’en disait jamais plus long, d’ailleurs, et accompagnait, de cette même exclamation, sa pensée confuse, dans la joie comme dans la douleur.
Pép avait souvent caressé la grosse jarre remplie du vin rosé, que lui fournissait sa treille. Son visage olivâtre prit de la couleur, et il s’endormit sur un banc, lança des ronflements sonores, tandis que, sans être effarouchées par le bruit, les mouches et les guêpes voltigeaient autour de sa bouche.
Febrer regagna sa tour. Margalida et son frère faisaient à peine attention à son départ. Les premiers, ils avaient quitté la table, afin de parler plus librement du bal de l’après-midi, avec cette gaieté de la jeunesse que gêne la présence d’une personne grave.
Arrivé chez lui, Jaime s’étendit sur sa paillasse et s’efforça de dormir. Il était triste; il se rendait compte de son isolement et en souffrait. Oh! l’effroyable ennui du dimanche! Où aller? que faire? Tout en s’abandonnant à ces tristes pensées, il finit par s’endormir. Il ne se réveilla que lorsque le soleil commençait à descendre lentement derrière la ligne des îlots, au milieu d’une buée d’or pâle faisant paraître l’azur de la mer plus intense et plus profond.