Jaime sentit qu’on lui touchait le bras. C'était le Capellanét qui lui désignait quelqu’un du doigt et qui, se penchant mystérieusement vers son oreille, lui disait:
—Celui que vous voyez là-bas... c’est Pierre, dit le Ferrer, le fameux vérro.
L'homme qu’il montrait était jeune, d’une taille au-dessous de la moyenne; cependant son attitude était arrogante et prétentieuse. Les atlóts se groupaient autour du héros.
Le Cantó lui parlait en souriant, et lui, l’écoutait avec une gravité protectrice, tout en lançant de temps en temps un jet de salive, satisfait quand ce jet parvenait à une grande distance.
Soudain le Capellanét bondit au milieu de la place en agitant son chapeau.
«Eh quoi! allait-on passer ainsi tout l’après-midi à écouter la musique sans danser?»
Il courut vers les jeunes filles, saisit par les mains la plus grande et l’entraînant:
—Toi!... lui dit-il.
C'était suffisant comme invitation. Plus le geste était rude, plus il semblait marquer de tendresse et mériter de reconnaissance.
Le hardi garçon resta, d’abord en face de sa compagne, une fille bien plantée, mais laide, aux mains rudes, aux cheveux huileux, à la peau noire, qui le dépassait de la tête; puis il alla vers les musiciens et protesta violemment: