Le signe d’assentiment de son maître ne la surprit point. Seule, une femme apportant en dot une grosse fortune, pouvait prétendre épouser un Febrer.
—Elle est jeune, sans doute? affirma la vieille, pour obtenir de plus amples renseignements.
—Oui, jeune, beaucoup plus jeune que moi, trop jeune. Vingt-deux ans environ. Je pourrais presque être son père.
Mado fit un geste de protestation. Don Jaime était le plus bel homme de l'île; elle le proclamait bien haut, elle qui l’admirait, depuis que, tout enfant, elle le menait par la main en promenade, au bois de pins voisin du château de Bellver.
—Et elle est de bonne maison? demanda-t-elle encore, pour vaincre le laconisme de son maître.
Jaime demeura quelques instants perplexe; il pâlit un peu, puis il dit, d’un ton énergique et rude, destiné à cacher son trouble:
—C'est une chueta!
De nouveau, Antonia joignit ses mains en invoquant le sang du Christ, si vénéré à Palma; mais tout à coup, les rides de son visage brun se détendirent, et, la réflexion venant, elle se mit à rire.
—Que monsieur était drôle! Comme son grand-père, il disait les choses les plus stupéfiantes, les plus incroyables, avec une gravité qui trompait les gens. Et elle, la pauvre sotte, elle avait pris cette farce au sérieux...
—Mado, c’est bien vrai, je me marie avec une Chueta... la fille de don Benito Valls: C'est pour cela que je vais aujourd’hui à Valldemosa...