Le souvenir des collines qui avoisinaient sa tour, parfumées de plantes sauvages auxquelles se mêlait l’âcre senteur de la mer, avaient pour son esprit charmé la douceur souriante d’une idylle.

La charrette d’un paysan le ramena jusqu’à San José. Là, il quitta le fruste véhicule et entreprit, à pied, l’escalade de la montagne, en passant à travers les bois de pins courbés par les tempêtes. Le ciel était chargé de nuages, l’atmosphère lourde et brûlante.

Près de la cabane d’un charbonnier, Jaime aperçut deux femmes qui se hâtaient à travers la pinède. C'était Margalida et sa mère. Elles revenaient des Cubells, l’ermitage situé sur un sommet de la côte, près d’une source qui vivifiait ces pentes abruptes et faisait croître en abondance orangers et palmiers à l’abri des rochers.

Jaime rejoignit les deux femmes et il aperçut alors, surgissant des buissons, son ami Pepét qui marchait hors du sentier, une pierre à la main, pourchassant un oiseau de mer dont les cris aigus avaient dénoncé la présence.

Ils s’acheminèrent ensemble vers Can Mallorquí et bientôt, sans savoir comment, Febrer et Margalida ayant accéléré le pas, se trouvèrent en avant, tandis que la fermière les suivait péniblement, appuyée à l’épaule de son fils.

La pauvre femme était visiblement souffrante, atteinte d’un mal incertain qui faisait hausser les épaules au médecin, lors de ses rares visites, mais qui excitait l’imagination des guérisseuses. Elle venait avec sa fille de faire un vœu à la Vierge de Cubells, et elles avaient laissé allumés sur l’autel deux cierges achetés à la ville.

Tandis que Margalida parlait des souffrances de sa mère, elle était animée par l’inconscient égoïsme de sa jeunesse triomphante et robuste. Dans l’agitation de la marche, ses joues se coloraient et ses yeux brillants décelaient une sorte d’impatience. C'était en effet jour de festeig. Il fallait se hâter d’arriver à Can Mallorquí pour préparer le dîner de la famille.

Febrer, tout en marchant à ses côtés, admirait la jeune fille. Il s’étonnait du manque de perspicacité dont il avait fait preuve jusque-là en ne considérant Margalida que comme une insignifiante fillette, comme un être sans sexe. Elle était femme, et femme accomplie!

Il se rappelait avec dédain ces demoiselles de la ville pour lesquelles soupiraient les militaires claquemurés dans l’hôtel. Eh quoi! cette délicieuse créature allait devenir la proie d’un de ces paysans au teint sombre, qui la contraindrait au dur travail de la terre, comme une bête de somme?

—Margalida! murmura-t-il, comme s’il allait prononcer des paroles importantes. Margalida!