C'était la fameuse navaja que Jaime lui avait offerte peu de jours auparavant.
—Hein? répéta-t-il en regardant Jaime comme s’il le prenait sous sa protection.
Et il passait amoureusement l’extrémité de son doigt sur le fil tranchant, ou l’appuyait sur la pointe, ne dissimulant pas la volupté qu’il éprouvait d’en sentir la piqûre. Quel bijou!
Febrer approuva de la tête. Oui, c’était une arme sûre; il l’avait soigneusement choisie à Iviça pour l’offrir à Pepét.
—Avec une telle amie, poursuivait l’aventureux garçon, nous ne craignons personne. Le Ferrer? Qu’il y vienne. Le Cantó et tous les autres?... Nous n’en avons cure. Et Dieu sait si je grille d’envie de m’en servir! Aussi, que nul ne tente quoi que ce soit contre vous: il est d’avance condamné à mort!
Avec la tristesse d’un grand homme qui voit le temps s’écouler sans qu’il lui soit permis de donner la mesure de sa valeur, Pepét ajouta:
—Quand mon grand-père avait mon âge, on raconte qu’il était déjà vérro et qu’il était redouté dans toute l'île.
Le Capellanét passa une grande partie de l’après-midi à la tour. Les ennemis supposés de don Jaime qu’il regardait comme les siens, firent l’objet principal de la conversation. Il contemplait son couteau, en rêvant de combats terribles se terminant toujours par la fuite ou la mort des adversaires, tandis que lui, Pepét, sauvait don Jaime, au prix d’héroïques efforts.
Celui-ci s’amusait beaucoup de la pétulance du jeune garçon et raillait son humeur batailleuse.
Le soir venu, Pepét se dirigea vers la ferme afin d’aller quérir le souper du señor. Il rencontra sous le porche plusieurs prétendants de sa sœur qui, venus de très loin pour le festeig, attendaient, assis sur les bancs de pierre, que l’heure d’entrer dans la maison eût sonné.