—Et après?... répéta Febrer.

Le Capellanét sembla prendre en pitié la naïveté du señor...

—Il faut ouvrir l'œil, don Jaime, vous ne connaissez pas les gens d’ici. Cette conversation à la forge ne me dit rien qui vaille. C'est aujourd’hui samedi, jour de festeig. On tramé sûrement quelque chose contre vous, pour le cas où vous vous présenteriez ce soir à Can Mallorquí.

Febrer prit un air méprisant. Il descendrait à la ferme malgré tout...

Toute la journée, il fut dans un état de surexcitation nerveuse et ne rêva que combats. Il avait hâte de voir arriver la nuit. Dans ses promenades, il évita de s’approcher de Can Mallorquí, se contentant de contempler de loin la paisible demeure, avec l’espérance d’apercevoir par moments la gracieuse silhouette de Margalida, toute menue sous le porche. Il n’osait pas venir rôder tout près de l’aimée, tant que brillait la lumière du soleil. Maintenant qu’il était prétendant, il ne devait plus fréquenter la maison de Pép comme ami. Sa présence pouvait gêner ces gens simples... il craignait aussi que la jeune fille ne se cachât, si elle le voyait venir.

Dès que le crépuscule vint envelopper la terre et que les premières étoiles eurent fait leur apparition, Febrer quitta la tour et s’achemina vers la ferme.

En arrivant sous le porche il trouva, réunis, tous les prétendants, qui semblaient discuter à mi-voix. A sa vue, ils se turent aussitôt.

Bona nit! jeta-t-il d’une voix assurée.

Personne ne répondit. On ne l’accueillit même point par le grognement qui avait salué son arrivée, lors du précédent festeig.

Dès que Pép eût ouvert la porte et que les galants eurent pris place dans la cuisine, Febrer put constater que le Cantó portait le tambourin pendu à son bras gauche, tandis que sa main droite était armée de la légère baguette destinée à frapper le parchemin.