MARIE.
P.-S. Soyez indulgent pour ma tristesse! Songez pour m'excuser que vous êtes beaucoup pour moi et que je ne suis rien pour vous!
Note de Mme de V.—À cette lettre étaient joints la copie des deux lettres que je lui écrivis en 1816, et les originaux de ses réponses.
XIV
De M. de Chateaubriand
Paris, 16 février 1828.
Vous êtes une éloquente amie. Ces pauvres prêtres sont un peu ingrats, et la charité n'est pas leur première vertu; mais ils souffrent; ils sont trompés par les calomniateurs à gages d'une petite faction qui se sert d'eux et qui les perdra. Il est probable que l'apostat sera le seul défenseur qui leur restera dans la catastrophe dont ils sont menacés; si toutefois ma vie ne va pas plus vite encore que le temps.
Ainsi vous aviez deux billets de moi, longtemps avant le commencement de notre correspondance! Vous le voyez bien, c'était un sort, je devais finir par vous aimer! Dans ce moment-ci, notre ami[20] est tout à la politique. Il a de grandes espérances. Lui parler d'une affaire comme la nôtre lui paraîtrait folie. Gardons-la pour vos montagnes et pour mon hospice!
[Note 20: Hyde de Neuville, qui allait devenir ministre de la marine dans le nouveau cabinet.]
«Donnerai-je à Marie autant de jours qu'elle m'a donné d'années?» Cette question me pénètre le cœur de reconnaissance, de regrets, et de tristesse. Que ne vous ai-je connue à l'époque des deux premiers billets? Hélas! qui sait ce que je ferai? Ma vie est tellement entravée que tous mes projets ne sont que des songes. Je cherche à les réaliser, mais je n'ai plus cette foi vive de la jeunesse qui parvient à transformer les chimères en réalités. Ce que j'ai de plus certainement arrêté dans ma pensée, c'est ce voyage qui me conduirait dans votre petit bois. Mais il y a encore cinq ou six mois à attendre, et, comme les sauvages auxquels je ressemble assez, je ne compte guère que sur l'espace renfermé entre deux soleils.