À la veille de mon départ, ma mère tomba dangereusement malade; privée, pendant deux jours, du seul médecin qu'il y ait ici, il me fallut la soigner sans guide, dans une maladie dont je savais le danger. Dans ces deux jours je connus le malheur. Dieu me prit en pitié, je la sauvai. Je passai trente-sept jours sans sortir de sa chambre; mes soins lui furent agréables. Pendant quelques jours, lorsque je fus rassurée, je me sentais plus heureuse que je ne croyais pouvoir l'être. Je pensais rarement à vous, j'espérais vous oublier comme l'autre fois. Mais, à mesure que nous nous sommes éloignées du danger, je suis retombée dans mon isolement. Le regret de votre départ m'est revenu, et je suis seule et triste comme avant.
Durant tant d'heures de veille, pendant la nuit, durant tant d'heures de silence et d'obscurité pendant le jour, le temps ne m'aurait pas manqué pour vous écrire; mais je ne voulais rien ajouter à l'accablement du départ, rien ôter à vos amis; et j'aimais mieux vous attendre que vous prévenir.
Voilà mes raisons; elles sont bonnes: je ne me plaindrai pas si vous les jugez autrement.
Adieu, monsieur l'ambassadeur! Adieu mon cher maître! Mes vœux vous suivront partout, et votre nom me sera cher tant que je vivrai.
MARIE.
P.-S. M. de V. me presse d'aller à Paris pour l'affaire dont je vous avais parlé cet hiver. M. de Berbis me le conseille, et je sens moi-même que je ne puis longtemps rester comme je suis. J'irai donc, je crois, au mois d'octobre, précisément au moment où vous en serez parti, et il est probable que j'en reviendrai quand vous y rentrerez vous-même.
XXXIX
À M. de Chateaubriand
La Voulte, 22 août 1828.
Mon ami, la convalescence de ma pauvre maman languit. Cependant, je ne vous oublie pas. Ah! soyez-en reconnaissant, c'est la plus tendre preuve d'attachement que je vous aie encore offerte!