«L'intérieur de Constantinople est très désagréable par sa pente vers le canal et le port; on est obligé de mettre dans toutes les rues qui descendent dans cette direction (rues fort mal pavées) des retraites très près les unes des autres, pour retenir les terres que l'eau entraînerait. Il y a peu de voitures: les Turcs font beaucoup plus usage de chevaux de selle que les autres nations. Il y a dans le quartier français quelques chaises à porteurs pour les dames. Il y a aussi des chameaux et des chevaux de somme pour le transport des marchandises. On voit également des portefaix, qui sont des Turcs ayant de très gros et longs bâtons; il peuvent se mettre cinq ou six à chaque bout et portent des charges énormes d'un pas régulier; un seul homme porte aussi de très lourds fardeaux. Ils ont un espèce de crochet qui leur prend depuis les épaules jusqu'aux reins, et avec une remarquable adresse d'équilibre, ils portent tous les paquets sans être attachés.»

MON ITINÉRAIRE.

«Nous étions sur le vaisseau à peu près deux cents passagers, hommes, femmes, enfants et vieillards. On voyait autant de nattes rangées en ordre des deux côtés de l'entre-pont. Dans cette espèce de république, chacun faisait son ménage à volonté: les femmes soignaient leurs enfants, les hommes fumaient ou préparaient leur dîner, les papas causaient ensemble. On entendait de tous côtés le son des mandolines, des violons et des lyres. On chantait, on dansait, on riait, on priait. Tout le monde était dans la joie. On me disait: «Jérusalem!» en me montrant le midi; et je répondais: «Jérusalem!» Enfin, sans la peur, nous eussions été les plus heureuses gens du monde; mais, au moindre vent, les matelots pliaient les voiles, les pèlerins criaient: Christos, Kyrie eleison! L'orage passé, nous reprenions notre audace.»

Ici, je suis battu par Julien:

ITINÉRAIRE DE JULIEN.

«Il a fallu nous occuper de notre départ pour Jaffa, qui eut lieu le jeudi 18 septembre. Nous nous sommes embarqués sur un bâtiment grec, où il y avait au moins, tant hommes que femmes et enfants, cent cinquante Grecs qui allaient en pèlerinage à Jérusalem, ce qui causait beaucoup d'embarras dans le bâtiment.

«Nous avions, de même que les autres passagers, nos provisions de bouche et nos ustensiles de cuisine que j'avais achetés à Constantinople. J'avais, en outre, une autre provision assez complète que M. l'ambassadeur nous avait donnée, composée de très beaux biscuits, jambons, saucissons, cervelas; vins de différentes sortes, rhum, sucre, citrons, jusqu'à du vin de quinquina contre la fièvre. Je me trouvais donc pourvu d'une provision très abondante, que je ménageais et ne consommais qu'avec une grande économie, sachant que nous n'avions pas que ce trajet à faire: tout était serré où aucun passager ne pouvait aller.

«Notre trajet, qui n'a été que de treize jours, m'a paru très long par toutes sortes de désagréments et de malpropretés sur le bâtiment. Pendant plusieurs jours de mauvais temps que nous avons eus, les femmes et les enfants étaient malades, vomissaient partout, au point que nous étions obligés d'abandonner notre chambre et de coucher sur le pont. Nous y mangions beaucoup plus commodément qu'ailleurs, ayant pris le parti d'attendre que tous nos Grecs aient fini leur tripotage.»

Je passe le détroit des Dardanelles; je touche à Rhodes, et je prends un pilote pour la côte de Syrie.—Un calme nous arrête sous le continent de l'Asie, presque en face de l'ancien cap Chélidonia.—Nous restons deux jours en mer, sans savoir où nous étions.

MON ITINÉRAIRE.