Le comte du Plessix de Parscau fut promu en 1827 au grade de contre-amiral; mais il dut bientôt prendre sa retraite, ses infirmités ne lui permettant plus de servir activement. Il est mort en son château de Kergyon le 11 octobre 1831, à l'âge de soixante-neuf ans.[(Retour à la table des matières.)]
II
LE MARIAGE DE CHATEAUBRIAND[419].
Sainte-Beuve, dans la cinquième leçon du cours professé par lui à Liège en 1848-1849 sur Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'Empire, signalant au passage le mariage du grand écrivain, ajoute en note:
Sur ce mariage, il m'a été raconté d'étranges choses: je dirai peut être ce que j'en ai su, à la fin de ce volume.
Et il n'y a pas manqué. Dans les Notes diverses qu'il a entassées, à la fin de son livre sur et contre Chateaubriand, il se donne un mal infini pour accréditer sur le mariage du poète et de Mlle Buisson de La Vigne certaine historiette, qu'il raconte en ces termes:
Le mariage de M. de Chateaubriand a été, dans le temps, l'objet de procès et d'assertions contradictoires singulières. Revenu d'Amérique, et à la veille d'émigrer, M. de Chateaubriand épousa, au commencement de 1792, Mlle Céleste de La Vigne-Buisson, petite-fille de M. de La Vigne-Buisson, qui avait été gouverneur de la Compagnie des Indes à Pondichéry.
Sainte-Beuve reproduit ici le récit du mariage d'après les Mémoires d'Outre-tombe, et il reprend:
Mais voici bien autre chose. Ce n'est plus du côté d'un oncle maternel démocrate que le mariage est attaqué, c'est du côté de l'oncle paternel, et dans un esprit tout différent. M. de Chateaubriand va se trouver entre deux oncles. Je cite mes auteurs. M. Viennet, dans ses Mémoires (inédits), raconte qu'étant entré en service dans la marine vers 1797, il connut à Lorient un riche négociant, M. La Vigne-Buisson, et se lia avec lui. Quand l'auteur d'Atala commença à faire du bruit, M. Buisson dit à M. Viennet: «Je le connais; il a épousé ma nièce, et il l'a épousée de force.» Et il raconta comment M. de Chateaubriand, ayant à contracter union avec Mlle de La Vigne, aurait imaginé de l'épouser comme dans les comédies, d'une façon postiche, en se servant d'un de ses gens comme prêtre et d'un autre comme témoin. Ce qu'ayant appris, l'oncle Buisson serait parti, muni d'une paire de pistolets et accompagné d'un vrai prêtre, et surprenant les époux de grand matin, il aurait dit à son beau-neveu: «Vous allez maintenant, monsieur, épouser tout de bon ma nièce, et sur l'heure.» Ce qui fut fait.
M. de Pongerville, étant à Saint-Malo en 1851, y connut un vieil avocat de considération, qui lui raconta le même fait, et exactement avec les mêmes circonstances.
Naturellement, dans ses Mémoires, M. de Chateaubriand n'a touché mot de cela: il n'a parlé que du procès fait à l'instigation de l'autre oncle. Faut-il croire que, selon le désir de sa mère, ayant à se marier devant un prêtre non assermenté, et s'étant engagé à en trouver un, il ait imaginé, dans son indifférence et son irrévérence d'alors, de s'en dispenser en improvisant l'étrange comédie à laquelle l'oncle de sa femme serait venu mettre bon ordre?—Ce point de sa vie, si on le pouvait, serait à éclaircir et l'on comprendrait mieux encore par là les chagrins qu'il donna à sa mère, chagrins causés, dit-il, par ses égarements, et le mouvement de repentir qu'il dut éprouver plus tard en apprenant sa mort avant d'avoir pu la revoir et l'embrasser[420].