J'avais de grandes espérances. Elles ont été trompées pour le moment. Le roi n'a voulu nommer, je crois, que des députés, des militaires et des hommes de sa maison et de celles des princes. Mais j'ai la promesse pour Astolphe pour une autre circonstance qui n'est pas très éloignée. Ne croyez pas que je vous oublie et que vous n'êtes dans ma vie au nombre de mes plus doux et de mes plus impérissables souvenirs.
Mille tendresses à tous.
Ch.[455]
La promesse faite ne fut pas tenue, mais ce ne fut ni la faute de Chateaubriand, ni celle du gouvernement de la Restauration. C'est à lui-même et à lui seul qu'Astolphe de Custine doit imputer d'avoir tout perdu. Son nom fut mêlé, à ce moment, à une aventure honteuse, au plus abominable des scandales. M. Chédieu de Robethon s'est vu dans la nécessité d'en parler, au moins sommairement. Il me serait impossible de reproduire ici son récit. À peine y puis-je faire allusion. Ce récit, d'ailleurs, n'étonnera aucun de ceux qui ont lu les pages consacrées par Philarète Chasles, dans ses Mémoires, au marquis de Custine.
À partir de ce déplorable événement, tout fut fini pour Mme de Custine. Sa vie était brisée; elle mourut le 25 juillet 1826, à l'âge de 56 ans.[(Retour à la table des matières.)]
VIII[456]
LA MORT DE LA HARPE.
Ce sera l'honneur de La Harpe d'avoir, lui le disciple de Voltaire d'avoir compris et salué, dès le premier jour, le génie de Chateaubriand.—d'avoir selon l'expression de Sainte-Beuve, «donné en mourant la main à Chateaubriand, à Fontanes, à tout ce jeune groupe littéraire en qui était alors l'avenir».
Bien avant l'apparition du Génie du christianisme, il avait commencé une Apologie de la religion chrétienne, que la mort ne lui a pas permis de finir, mais dont il reste de très beaux fragments. D'autres à sa place eussent vu avec ennui, avec dépit sans doute, l'entrée en scène du jeune rival dont l'œuvre allait rejeter la sienne dans l'ombre. La Harpe, au contraire, l'accueillit avec un sincère enthousiasme, avec une sorte de tendresse, non comme un rival, mais comme un fils. Il inscrivit son nom sur son testament, le priant «de se souvenir combien il lui était attaché». Chateaubriand ne fut pas ingrat. Il publia, dans le Mercure, au lendemain des funérailles de La Harpe, un article, où il disait:
... Les obsèques furent célébrées, le dimanche matin, à Notre-Dame. Il s'était retiré depuis quelques années dans le cloître de cette cathédrale, comme s'il avait voulu se réfugier, loin d'un monde peu charitable, à l'ombre de la maison du Dieu de miséricorde. Ceux qui ont vu les restes de cet auteur célèbre renfermés dans un chétif cercueil ont pu sentir le néant des grandeurs littéraires, comme de toutes les autres grandeurs; heureusement, c'est dans la mort que le chrétien triomphe, et sa gloire commence quand toutes les autres gloires finissent.