Note 32: Le dimanche 28 juillet 1793, une fête, à laquelle assistait une députation de vingt-quatre membres de la Convention nationale, fut célébrée dans le Jardin du Luxembourg, en l'honneur de Marat. Un reposoir, richement décoré, était dressé à l'entrée de la grande allée, du côté des parterres. Le cœur de Marat y avait été déposé; il était enfermé dans une urne magnifique, provenant du Garde-Meuble. La Société des Cordeliers avait été autorisée à y choisir un des plus beaux vases, «pour que les restes du plus implacable ennemi des rois fussent renfermés dans des bijoux attachés à leur couronne.» (Nouvelles politiques nationales et étrangères, no 212, 31 juillet 1793.) Un orateur, monté sur une chaise, lut un discours, dont voici le début: «Ô cor Jésus! ô cor Marat! Cœur sacré de Jésus! cœur sacré de Marat, vous avez les mêmes droits à nos hommages!» Puis, comparant les travaux et les enseignements du Fils de Marie à ceux de l'Ami du peuple, l'orateur montra que les Cordeliers et les Jacobins étaient les apôtres du nouvel Évangile, que les Publicains revivaient dans les Boutiquiers et les Pharisiens dans les Aristocrates. «Jésus-Christ est un prophète, ajouta-t-il, et Marat est un Dieu!» Et il s'écriait en finissant: «Ce n'est pas tout; je puis dire ici que la compagne de Marat est parfaitement semblable à Marie: celle-ci a sauvé l'enfant Jésus en Égypte; l'autre a soustrait Marat au glaive de Lafayette, l'Hérode des temps nouveaux.» (Révolutions de Paris, no 211, du 20 juillet au 3 août 1793.)—Pour tous les détails de cette fête, voir, au tome III du Journal d'un bourgeois de Paris, par Edmond Biré, le chapitre intitulé: Cœur de Marat.[(Retour au texte principal.)]
Note 33: Jacques-Nicolas Billaud-Varenne, né à La Rochelle le 23 avril 1756. Député de Paris à la Convention nationale et membre du Comité de salut public, il ne cessa de pousser aux mesures les plus atroces. Condamné à la déportation le 1er avril 1795, il fut conduit à la Guyane et resta vingt ans à Sinnamari. En 1816, ayant réussi à s'enfuir, il se réfugia à Port-au-Prince, dans la République de Haïti, dont le président, Péthion, lui fit une pension, ne voulant pas se souvenir que Billaud avait été, en France, le plus ardent persécuteur de son homonyme, Petion de Villeneuve.—Billaud, lorsqu'il avait quitté l'Oratoire et le collège de Juilly, où il avait été professeur laïque, dispensé, à ce titre, de porter le costume de l'ordre, était venu se fixer à Paris, et s'était fait inscrire, en 1785, sur le tableau des avocats au Parlement, sous le nom de Billaud de Varenne. Varenne était un petit village des environs de La Rochelle dans lequel son père possédait une ferme. C'est donc à tort que tous les historiens, et Chateaubriand avec eux, orthographient son nom: Billaud-Varennes, comme s'il eût tiré cette addition à son nom de la ville où Louis XVI fut arrêté le 21 juin 1791.—À la veille de la Révolution, le futur membre du Comité de salut public ne négligea rien pour se glisser dans les rangs de la noblesse. Lors de son mariage, célébré dans l'église Saint-André-des-Arts le 12 septembre 1786, il signa bravement Billaud de Varenne. Bientôt même il ne tarda pas à faire disparaître, le plus qu'il le pouvait, le nom paternel, et à lui substituer dans ses relations mondaines le nom de M. de Varenne. Son historien, M. Alfred Bégis, a retrouvé un billet de lui, recopié par sa femme, qui ne savait pas assez l'orthographe, et ainsi conçu: «Mme de Varenne a l'honneur de saluer M. de Chaufontaine et de s'excuser de n'avoir pu faire ce qu'elle lui avait promis, etc.» Tout cela n'empêchera pas Billaud-Varenne de publier, en 1789, sans nom d'auteur, il est vrai, un ouvrage intitulé: Le dernier coup porté aux préjugés et à la superstition. (Voir Billaud-Varenne, membre du Comité de salut public, Mémoires et Correspondance, accompagnés de notices biographiques sur Billaud-Varenne et Collot-d'Herbois, par M. Alfred Bégis, 1893.)[(Retour au texte principal.)]
Note 34: «Danton, importuné de la représentation malencontreuse (on venait de lui signaler les dangers que couraient les détenus), Danton s'écrie, avec sa voix beuglante et un geste approprié à l'expression: «Je me f... bien des prisonniers! qu'ils deviennent ce qu'il pourront!» Et il passe son chemin avec humeur. C'était dans le second antichambre, en présence de vingt personnes, qui frémirent d'entendre un si rude ministre de la justice.» (Mémoires de Mme Roland, éd. Faugère, t. I, p. 103).[(Retour au texte principal.)]
Note 35: C'est à M. Royer-Collard, alors secrétaire adjoint de la municipalité, que Danton adressa un jour ces paroles, comme ils sortaient ensemble de l'hôtel du Département. Danton était à ce moment substitut du procureur de la Commune. (Beaulieu, Essais sur les causes et les effets de la Révolution de France, t. III, p. 192).—Voir aussi Journal d'un bourgeois de Paris pendant la Terreur, par Edmond Biré, tome II, p. 89.[(Retour au texte principal.)]
Note 36: Philippe-François-Nazaire Fabre d'Églantine (1750-1794), comédien, poète comique et député de Paris à la Convention. Il fut guillotiné avec Danton et Camille Desmoulins, le 5 avril 1794.[(Retour au texte principal.)]
Note 37: Voir la Guillotine pendant la Révolution, par G. Lenotre, p. 306 et suiv. et au tome V du Journal d'un bourgeois de Paris pendant la Terreur, par Edmond Biré, les deux chapitres sur la Guillotine.[(Retour au texte principal.)]
Note 38: Chateaubriand fait ici à Camille Desmoulins un excès d'honneur qu'il n'a point mérité. L'ex-procureur général de la lanterne fonda le Vieux-Cordelier, non pour défendre les victimes de la Terreur, mais pour se défendre lui-même. Bien loin qu'il ose braver Robespierre, il le couvre à chaque page d'éloges outrés.—La mort de sa femme, la pauvre Lucile, fut admirable. Quant à lui, dans un temps où les femmes elles-mêmes affrontaient fièrement l'échafaud, il fit preuve «d'une insigne faiblesse». Vainement Hérault de Séchelles s'approcha de lui, dans la cour de la Conciergerie, et lui dit: «Montrons que nous savons mourir!» Camille Desmoulins n'était plus en état de l'entendre; il pleurait comme une femme, et, l'instant d'après, il écumait de rage. Quand les valets du bourreau voulurent le faire monter sur la charrette, il engagea avec eux une lutte terrible, et c'est à demi nu, les vêtements en lambeaux, la chemise déchirée jusqu'à la ceinture, qu'il fallut l'attacher sur un des bancs du tombereau. (Des Essarts, procès fameux jugés depuis la Révolution, t. I, p. 184.) Un témoin oculaire, Beffroy de Reigny (le Cousin Jacques) dépeint ainsi Camille allant à l'échafaud: «Je le vis traverser l'espace du Palais à la place de Sang, ayant un air effaré, parlant à ses voisins avec beaucoup d'agitation, et portant sur son visage le rire convulsif d'un homme qui n'a plus sa tête à lui.» (Dictionnaire néologique des hommes et des choses, ou Notice alphabétique des hommes de la Révolution, par le Cousin Jacques, Paris, an VIII, tome II, p. 480.)[(Retour au texte principal.)]
Note 39: Le Philinte de Molière, ou la suite du Misanthrope, comédie en cinq actes, en vers, représentée au Théâtre-Français le 22 février 1790, est la meilleure pièce de Fabre d'Églantine; c'est une de nos bonnes comédies de second ordre. Le plan est simple et bien conçu; l'action, sans être compliquée ne languit pas: toute l'intrigue se rapporte à une seule idée, très dramatique et très morale, qui consiste à punir l'égoïsme par lui-même. Malheureusement, les vers sont durs et souvent incorrects. Ce qui restera surtout de Fabre d'Églantine, c'est sa chanson: «Il pleut, il pleut, bergère.» Pourquoi faut-il que l'auteur de cette jolie romance ait sur les mains le sang de Louis XVI et le sang de Septembre?[(Retour au texte principal.)]
Note 40: Silas Deane, membre du premier Congrès américain, avait été, en 1776, envoyé à Paris par ses collègues, avec mission de rallier la Cour de France à la cause des insurgents. Ses négociations n'ayant pas donné les résultats que l'on en espérait, on lui adjoignit Franklin, qui fut plus heureux et parvint à signer, le 6 février 1778, avec le cabinet de Versailles, deux traités, l'un de commerce et de neutralité, l'autre d'alliance défensive.—Silas Deane mourut à Paris, en 1789, dans la plus profonde misère.[(Retour au texte principal.)]
Note 41: Dans l'Essai sur les Révolutions, sous ce titre: Un mot sur les émigrés. Chateaubriand a écrit de belles et fortes pages, où son talent s'annonce déjà tout entier. «Un bon étranger au coin de son feu, écrivait-il alors, dans un pays bien tranquille, sûr de se lever le matin comme il s'est couché le soir, en possession de sa fortune, la porte bien fermée, des amis au-dedans et la sûreté au-dehors, prononce, en buvant un verre de vin, que les émigrés Français ont tort, et qu'on ne doit jamais quitter son pays: et ce bon étranger raisonne conséquemment. Il est à son aise, personne ne le persécute, il peut se promener où il veut sans crainte d'être insulté, même assassiné, on n'incendie point sa demeure, on ne le chasse point comme une bête féroce, le tout parce qu'il s'appelle Jacques et non pas Pierre, et que son grand-père, qui mourut il y a quarante ans, avait le droit de s'asseoir dans tel banc d'une église, avec deux ou trois Arlequins en livrée, derrière lui. Certes, dis-je, cet étranger pense qu'on a tort de quitter son pays.