Note 116: Pierre-Victor, baron Malouet, né à Riom, le 11 février 1740. Il était intendant de la marine, à Toulon, lorsque le tiers état de la sénéchaussée de Riom l'élut, sans scrutin et par acclamation, député aux États-généraux. Il s'y fit remarquer par son talent et son courage, non moins que par la fermeté de ses convictions royalistes. Après la journée du 10 août, il passa en Angleterre. Il rentra en France à l'époque du Consulat, fut nommé commissaire général de la marine à Anvers, en 1803, conseiller d'État et baron de l'Empire, en 1810. En 1812, il fut, par ordre de l'Empereur, exilé en Lorraine comme suspect de royalisme. Malgré l'état précaire de sa santé, il accepta du gouvernement provisoire, en 1814, les fonctions de commissaire au département de la Marine, dont Louis XVIII, à sa rentrée, lui remit le portefeuille ministériel. Mais il ne put résister au travail et aux préoccupations qu'imposait cette charge, et il mourut à la tâche, le 7 septembre 1814. Il n'avait aucune fortune; le roi pourvut aux frais de ses funérailles. Ses Mémoires ont été publiés par son petit-fils, en 1868.[(Retour au texte principal.)]

Note 117: Le chevalier de Panat, né en 1762, était frère de deux députés aux États-Généraux. Il servit dans la marine, émigra en 1792, se lia à Hambourg avec Rivarol, à Londres avec Malouet, Montlosier et Chateaubriand, rentra en France sous le Consulat et fut employé au ministère de la Marine. En 1814, il devint contre-amiral et secrétaire général de l'amirauté. C'est lui qui rédigea un petit ouvrage, publié en 1795, sous le nom d'un de ses camarades, et dans lequel on trouve des détails intéressants sur l'affaire de Quiberon, la Relation de Chaumereix, officier de marine échappé des prisons d'Auray et de Vannes. (Voir, au tome II, p. 456, des Mémoires de Malouet, la lettre du chevalier de Panat à Mallet du Pan.)[(Retour au texte principal.)]

Note 118: Voici le texte de la fameuse phrase, où se reconnaît, en effet, la main de Chateaubriand: «Je ne crois pas, messieurs, quoi qu'on puisse faire, qu'on parvienne à forcer les évêques à quitter leur siège. Si on les chasse de leur palais, ils se retireront dans la cabane du pauvre qu'il ont nourri. Si on leur ôte une croix d'or, ils prendront une croix de bois; c'est une croix de bois qui a sauvé le monde.»[(Retour au texte principal.)]

Note 119: Ou plutôt, comme on l'a vu tout à l'heure, le Courrier de Londres. Ce journal auquel collaboraient Malouet, Lally-Tolendal et Mallet du Pan, était d'un ton assez modéré. Le comte d'Artois, qui le goûtait médiocrement, dit un jour à Montlosier: «Vous écrivez quelquefois des sottises.—J'en entends si souvent!» répliqua celui que Chateaubriand appellera tout à l'heure son Auvernat fumeux.[(Retour au texte principal.)]

Note 120: Montlosier, dont Chateaubriand vient de tracer un si admirable portrait, fut, comme son compatriote, l'abbé de Pradt, un bonhomme très particulier. Après avoir été l'un des adversaires les plus ardents de la Révolution, après avoir, dans son livre sur la Monarchie française (1814), soutenu les théories les plus antidémocratiques, il attaqua, dans son fameux Mémoire à consulter (1826) et dans plusieurs autres écrits, les Jésuites, la Congrégation et le parti-prêtre, avec une âpreté qui lui valut d'être l'un des coryphées du parti libéral. En 1830, il collabora au Constitutionnel; appelé, en 1832, à la Chambre des pairs, il y défendit la monarchie de juillet. Son premier livre avait été un Essai sur la théorie des volcans en Auvergne (1789); il fit paraître, en 1829, ses Mémoires sur la Révolution française, le Consulat, l'Empire, la Restauration et les principaux événements qui l'ont suivie. Ces très intéressants Mémoires sont malheureusement restés inachevés.[(Retour au texte principal.)]

Note 121: Jacques Delille, né près d'Aigue-Perse, en Auvergne, le 22 juin 1738. Il émigra seulement en 1795, et se réfugia à Bâle. Après deux ans de séjour en Suisse, il se rendit à Brunswick et de là à Londres, où il traduisit le Paradis perdu, et donna une seconde édition des Jardins, enrichie de nouveaux épisodes et de la description des parcs qu'il avait eu occasion de voir en Allemagne et en Angleterre. Rentré en France sous le Consulat, il publia successivement, avec une vogue ininterrompue, la Pitié, 1803; l'Énéide, 1804; le Paradis perdu, 1805; l'Imagination, 1806; les Trois règnes de la nature, 1809; la Conversation, 1812. C'était le fruit des vingt années précédentes. Il mourut d'apoplexie dans la nuit du 1er au 2 mai 1813. Son corps resta exposé pendant plusieurs jours au Collège de France, sur un lit de parade, la tête couronnée de laurier, le visage légèrement peint. Paris lui fit des funérailles triomphales.[(Retour au texte principal.)]

Note 122: Jean-François de la Marche, évêque et comte de Léon, né en 1729 au manoir de Kerfort, paroisse d'Ergué-Gaberic, mort à Londres, le 25 novembre 1805.[(Retour au texte principal.)]

Note 123: Jean-de-Dieu-Raymond de Boisgelin de Cucé, né à Rennes le 17 février 1732. Évêque de Lavaur (1766), archevêque d'Aix (1770), membre de l'Académie française (1776), élu député du clergé aux États-Généraux par la sénéchaussée d'Aix (1789), il émigra en Angleterre en 1791 et fit paraître à Londres une traduction des psaumes en vers français. Après le Concordat, il fut nommé archevêque de Tours et cardinal, et mourut le 22 août 1804.[(Retour au texte principal.)]

Note 124: Le marquis d'Osmond (1751-1838) était ambassadeur de France à la Haye, lorsqu'éclata la Révolution. Nommé à l'ambassade de Saint-Pétersbourg en 1791, il donna sa démission avant d'avoir rejoint ce poste, et émigra. Sous l'Empire, il accepta de Napoléon diverses missions diplomatiques. La première Restauration le fit ambassadeur à Turin. Pair de France le 17 août 1815, il fut ambassadeur à Londres du 29 novembre 1815 au 2 janvier 1819.[(Retour au texte principal.)]

Note 125: Mlle d'Osmond avait épousé le comte de Boigne, qui, après avoir guerroyé, dans l'Inde, au service d'un prince mahratte, était revenu en Europe avec d'immenses richesses. C'était une femme de beaucoup d'esprit. Elle avait composé, aux environs de 1817, quelques romans, dont le principal a pour titre Une Passion dans le grand monde, et qui ne furent publiés qu'après sa mort, sous le second Empire. Ces romans d'Outre-tombe parurent alors étrangement démodés et n'eurent aucun succès.—Cette mauvaise langue de Thiébault ne laisse pas, dans ses Mémoires, de médire quelque peu Mme de Boigne. «Le comte O'Connell, dit-il, avait sorti M. et Mme d'Osmond d'une profonde misère, en mariant Mlle d'Osmond avec un M. de Boigne. Ce de Boigne, après avoir été généralissime dans l'Inde, en avait rapporté une fortune colossale, et, pour l'honneur de s'allier à des gens titrés, il avait ajouté à la plus magnifique des corbeilles, douze mille livres de rentes pour son beau-père et sa belle-mère, et six mille pour son beau-frère, petit diable gringalet, auquel on n'avait pas de quoi donner des souliers. Encore si, pour prix de semblables bienfaits, ce pauvre M. de Boigne avait trouvé, fût-ce même à défaut du bonheur, une situation tolérable; mais la mère d'Osmond, mais sa fille le persécutèrent à ce point qu'il fut obligé d'abord de déserter la maison conjugale, puis Paris où il comptait résider, et que, forcé de renoncer à tout intérieur, à toute famille, à la consolation même d'avoir des enfants, mais laissant à sa femme cent mille livres de revenus, il se réfugia en Savoie, sa patrie; on sait tout le bien qu'il a fait et les utiles établissements qu'il y a fondés et qui perpétueront la mémoire de cet homme excellent, fort loin d'être sans mérite et à tous égards digne d'un sort moins triste... Les cent mille livres servies par le mari n'eurent d'autre fin que de couvrir d'un vernis d'or les désordres de la femme.» Mémoires du général baron Thiébault, t. III, p. 538.[(Retour au texte principal.)]