Note 218: Joseph Joubert, né le 6 mai 1754 à Montignac, dans le Périgord. Après avoir professé quelque temps chez les Pères de la Doctrine chrétienne à Toulouse, il vint à Paris en 1778, et s'y lia avec Marmontel, d'Alembert, La Harpe, surtout avec Diderot, et un peu plus tard avec Fontanes. Élu juge de paix à Montignac en 1790, il exerça deux ans ces fonctions, puis se retira en Bourgogne, où il se maria. Il était voisin du château de Passy, où s'étaient réfugiés tous les membres de la famille Montmorin. Tous furent arrêtés au mois de février 1794 par ordre du Comité de sûreté générale, et jetés dans des charrettes qui devaient les conduire à Paris. Au moment où le triste convoi franchissait les grilles du parc, Mme de Beaumont, malade depuis quelque temps, se trouva dans un tel état de faiblesse que les envoyés du Comité, moins peut-être par un sentiment de pitié que par le désir de ne pas retarder le départ, la firent déposer sur le chemin. Elle erra quelque temps dans la campagne en proie à une grande frayeur et fut recueillie par les paysans, à Étigny, non loin de Passy. M. et Mme Joubert informés de son malheur, voulurent lui venir en aide, et après avoir cherché longtemps sa retraite, ils la découvrirent un jour devant la porte de sa chaumière; ils l'emmenèrent sous leur toit et s'efforcèrent, par des soins assidus, de rétablir sa santé et de calmer sa douleur. M. et Mme Joubert n'avaient pas d'enfant; jusqu'à la fin maintenant, quelque chose de paternel se mêlera à leur affection pour la malheureuse fille des Montmorin. En 1809, Joubert fut nommé, grâce à Fontanes, inspecteur général de l'Université. Il mourut le 4 mai 1824.—Longtemps après sa mort, on a tiré de ses manuscrits deux volumes: Pensées, Essais, Maximes et Correspondance de Joubert;—deux volumes exquis et qui ne périront point, car ils justifient en tout sa devise: Excelle, et tu vivras![(Retour au texte principal.)]
Note 219: Voici comment la comtesse de Chastenay, au tome II de ses Mémoires, page 82, s'exprime au sujet de Joubert: «J'ai dit de M. Joubert qu'en lui tout était âme et que cette âme, qui semblait n'avoir rencontré un corps que par hasard, en ressortait de tous côtés et ne s'en arrangeait qu'à peu près. M. Joubert était tout cela et tout esprit, parce qu'il était tout âme. Essentiellement bon, original sans s'en douter, parce qu'il vivait étranger au monde et confiné dans le soin de la plus frêle santé, sa femme l'aimait trop pour qu'il fût égoïste; il ne l'était pas, et j'ai toujours considéré comme une chose salutaire d'être aimé tendrement.»[(Retour au texte principal.)]
Note 220: Louis-Gabriel-Ambroise, vicomte de Bonald (1754-1840), député de l'Aveyron de 1815 à 1823, pair de France de 1823 à 1830, membre de l'Académie française. Ses principaux ouvrages sont: le Traité du Divorce (1802); la Législation primitive, qui parut, la même année, tout à côté du Génie du Christianisme, et dans le même sens réparateur; les Recherches philosophiques sur les premiers Objets des connaissances morales (1819). Chateaubriand ne rend pas ici suffisante justice à ce grand esprit, pour qui le comte de Marcellus a composé cette épitaphe:
Hic jacet in Christo, in Christo vixitque Bonaldus;
Pro quo pugnavit, nunc videt ipse Deum.
Græcia miraturque suum jacetque Platonem;
Hic par ingenio, sed pietate prior.[(Retour au texte principal.)]
Note 221: Charles-Julien Lioult de Chênedollé (1769-1833). Il partit pour l'émigration, en septembre 1791, fit deux campagnes dans l'armée des Princes, séjourna en Hollande, à Hambourg et en Suisse et rentra en France en 1799. Il a publié en 1807 le Génie de l'homme, poème en quatre chants, l'Esprit de Rivarol en 1808, et en 1820 ses Études poétiques, qui, malgré de grandes qualités et d'heureuses inspirations, furent comme ensevelies dans le triomphe de Lamartine, qui donnait à la même heure ses premières Méditations.[(Retour au texte principal.)]
Note 222: Dans la «petite société» qui, au début du siècle, se réunissait dans le salon de Mme de Beaumont, rue Neuve-du-Luxembourg, ou chez Chateaubriand, dans son petit appartement de l'hôtel Coislin, place Louis XV, ou encore, l'été, à Villeneuve-sur-Yonne, sous le toit de M. Joubert, chacun, selon une mode ancienne, avait son sobriquet. Chateaubriand était surnommé le chat, par abréviation de son nom, ou peut-être à cause de son indéchiffrable écriture; Mme de Chateaubriand, qui avait des griffes, était la chatte. Chênedollé et Gueneau de Mussy, plus mélancoliques que René, avaient reçu les noms de grand et de petit corbeau; quelquefois aussi Chateaubriand était appelé l'illustre corbeau des Cordillères, par allusion à son voyage en Amérique. Fontanes était ramassé et avait quelque chose d'athlétique dans sa petite taille. Ses amis le comparaient en plaisantant au sanglier d'Érymanthe et le nommaient le sanglier. Mince et fluette, rasant la terre qu'elle devait bientôt quitter, Mme de Beaumont avait reçu le sobriquet d'hirondelle. Ami des bois et grand promeneur à cette époque, Joubert était le cerf, tandis que sa femme, la bonté et l'esprit même, mais d'humeur un peu sauvage, riait d'être appelée le loup. Jamais on ne vit réunies des bêtes de tant d'esprit.[(Retour au texte principal.)]
Note 223: Petite-fille du fermier général La Live de Bellegarde, fille d'Ange-Laurent La Live de Jully (1725-1779), introducteur des ambassadeurs, elle avait épousé le comte de Vintimille du Luc, capitaine de vaisseau, «homme de beaucoup d'esprit, dit Norvins, mais s'inquiétant peu de postérité».—«Sans cette indifférence, continue Norvins (Mémorial, I, 58), ce ménage aussi eût été complet, car Mme de Vintimille était une des femmes les plus aimables, les plus instruites et les plus spirituelles de la société, hautement avouée sous ces rapports par sa tante Mme d'Houdetot, et brevetée également par Mme de Damas, par sa fille et par Mme Pastoret, dont la compétence était établie dans la société, et sans déroger elle pouvait avouer son mari.»—Le chancelier Pasquier dit de son côté (Mémoires, I, 206): «Je citerai en première ligne Mme de Vintimille, une des personnes les plus instruites, les plus spirituelles, du jugement le plus sûr et la plus élevé que j'aie rencontrées. Son amitié est de celles dont je m'honore le plus et qui a tenu le plus de place dans ma vie.»[(Retour au texte principal.)]
Note 224: Mme Hocquart, qui, même à côté de Mme de Vintimille, se faisait remarquer par le charme de sa beauté et l'agrément de son esprit, était la fille de Mme Pourrat, dont le salon, aux belles années de Louis XVI, avait réuni l'élite de la société et de la littérature. La seconde fille de Mme Pourrat était Mme Laurent Lecoulteux, celle dont André Chénier a célébré sous le nom de Fanny
La grâce, la candeur, la naïve innocence.[(Retour au texte principal.)]
Note 225: Antoine-Hugues-Calixte de Montmorin, ex-sous-lieutenant dans le 5e régiment de chasseurs à cheval. Il avait donné sa démission le 5 septembre 1792, à la suite de l'assassinat de son père. Il fut guillotiné le 10 mai 1794, à l'âge de 22 ans.[(Retour au texte principal.)]