Note 208: Chateaubriand se venge ici très spirituellement de l'abbé Morellet (l'abbé mords-les, disait Voltaire) et de sa brochure de 72 pages: Observations critiques sur le roman intitulé ATALA. L'abbé Morellet, «qui n'appartenait à l'église, dit Norvins (Mémorial, I, 74), que par la moitié de la foi, la moitié du costume et par un prieuré tout entier», était un homme de talent et de bon sens, mais d'un talent un peu sec et d'un bon sens un peu court. Vieil encyclopédiste, classique impénitent, il ne comprit rien aux nouveautés d'Atala, de René et du Génie du Christianisme, aussi dépaysé devant les premiers chefs-d'œuvre du jeune Chateaubriand que les vieux généraux autrichiens, les Beaulieu et les Wurmser, devant les premières victoires du jeune Bonaparte.[(Retour au texte principal.)]
Note 209: Dans une lettre à Chênedollé, du 26 juillet 1820, Chateaubriand, qui venait d'être nommé à l'ambassade de Berlin, rappelait à son ami le bon temps où ils fréquentaient ensemble le petit café des Champs-Élysées: «... Ceci n'est pas un adieu, lui écrivait-il; nous nous reverrons, nous finirons nos jours ensemble dans cette grande Babylone qu'on aime toujours en la maudissant, et nous nous rappellerons le bon temps de nos misères où nous prenions le détestable café de Mme Rousseau.»[(Retour au texte principal.)]
Note 210: Marie-Anne Bonaparte, dite Élisa (1774-1820), mariée en 1797 à son compatriote Félix-Pascal Bacciochi; princesse de Lucques et de Piombino en 1805, grande-duchesse de Toscane de 1808 à 1814; elle prit, en 1815, le titre de comtesse de Compignano. «Elle protégeait hautement le poète Fontanes», dit le baron de Méneval dans ses Mémoires, tome I, p. 67.[(Retour au texte principal.)]
Note 211: «M. de Chateaubriand, revenu de l'émigration avant l'amnistie, avait été présenté par M. de Fontanes, son ami intime, à Mme Bacciochi, sœur du Premier Consul, et à son frère Lucien Bonaparte. Le frère et la sœur se déclarèrent les protecteurs de M. de Chateaubriand.» Mémoires du baron de Méneval, tome I, page 84.[(Retour au texte principal.)]
Note 212: Le château du Plessis-Chamant.[(Retour au texte principal.)]
Note 213: En 1794, Lucien-Bonaparte, âgé de dix-neuf ans, était garde-magasin des subsistances à Saint-Maximin (Var). Saint-Maximin s'appelait alors Marathon, et Lucien s'appelait Brutus. Brutus fit la cour à la sœur de l'aubergiste chez qui il logeait. Elle avait deux ans de plus que lui, n'avait reçu nulle instruction, ne savait pas même signer son nom—Catherine Boyer. Il l'épousa, le 15 floréal an II (4 mai 1794), par devant Jean-Baptiste Garnier, membre du Conseil général de la commune de Marathon. Nul membre de sa famille ne parut à ce mariage, pour lequel il s'était bien gardé de demander le consentement de sa mère et dont l'acte se trouvait entaché des illégalités les plus flagrantes. Devenu veuf au mois de mai 1800, il épousa, deux ans après, Marie-Laurence-Charlotte-Louise-Alexandrine de Bleschamp, femme divorcée de Jean-François-Hippolyte Jouberthon, ex-agent de change à Paris. La seconde femme de Lucien mourut seulement en 1855.[(Retour au texte principal.)]
Note 214: Passy, dans l'Yonne, petit village voisin d'Étigny, et à quelques kilomètres de Sens.[(Retour au texte principal.)]
Note 215: Le comte de Montmorin, père de Mme de Beaumont, ne périt point sur l'échafaud; il fut massacré à l'Abbaye le 2 septembre 1792. «Percé de plusieurs coups en plein corps, dit M. Marcellin Boudet dans son livre sur la Justice révolutionnaire en Auvergne, haché, coupé, tailladé, il vivait encore. Ses bourreaux l'empalèrent et le portèrent ainsi aux portes de l'Assemblée nationale.» Le lendemain, 3 septembre, son cousin, Louis-Victor-Hippolyte-Luce de Montmorin, fut égorgé à la Conciergerie où, par un sanglant déni de justice, il avait été ramené après son acquittement par le tribunal criminel du 17 août.—Mme de Montmorin, mère de Mme de Beaumont, fut guillotinée le 21 floréal au II (10 mai 1794); son second fils fut guillotiné avec elle. Sa fille aînée, mariée au comte de la Luzerne, mourut le 10 juillet 1794, à l'archevêché, devenu l'hôpital des prisons.[(Retour au texte principal.)]
Note 216: On lit dans une lettre de Mme de Beaumont à Chênedollé, du 7 fructidor an X (25 août 1802): «Il (Chateaubriand) est dans son nouveau logement, Hôtel d'Étampes, no 84. Ce logement est charmant, mais il est bien haut. Toute la société vous regrette et vous désire: mais M. Joubert est dans les grands abattements, M. de Chateaubriand est enrhumé, Fontanes tout honteux et la plus aimable des sociétés ne bat que d'une aile.»[(Retour au texte principal.)]
Note 217: M. Pasquier, dans ses Mémoires (t. I, p. 206), dit, de son côté: «J'eus l'occasion de connaître Mme de Beaumont: je lui avais cédé l'appartement que j'occupais rue du Luxembourg (rue Neuve-du-Luxembourg). Le charme de sa personne, son esprit supérieur m'attachèrent bien vite à elle... Seule de sa famille, elle avait survécu, retirée dans une chaumière aux environs de Montbard; revenue à Paris pour tâcher de retrouver quelques débris de sa fortune, elle ne tarda pas à réunir autour d'elle une société d'élite. Je citerai en première ligne Mme de Vintimille..., Mme de Saussure venait souvent avec Mme de Staël... M. de Fontanes était parmi les habitués, ainsi que M. Joubert... Je citerai encore MM. Gueneau de Mussy, Chênedollé, Molé, parmi ceux qui, presque chaque jour, venaient depuis sept heures jusqu'à onze heures du soir rue de Luxembourg. Enfin, M. de Chateaubriand, qui devait tenir une si grande place dans la vie de Mme de Beaumont».[(Retour au texte principal.)]