«Dans mon ouvrage sur le Génie du Christianisme, ou les Beautés de la religion chrétienne, il se trouve une partie entière consacrée à la poétique du Christianisme. Cette partie se divise en quatre livres: poésie, beaux-arts, littérature, harmonies de la religion avec les scènes de la nature et les passions du cœur humain. Dans ce livre, j'examine plusieurs sujets qui n'ont pu entrer dans les précédents, tels que les effets des ruines gothiques comparées aux autres sortes de ruines, les sites des monastères dans la solitude, etc. Ce livre est terminé par une anecdote extraite de mes voyages en Amérique, et écrite sous les huttes mêmes des sauvages; elle est intitulée Atala, etc. Quelques épreuves de cette petite histoire s'étant trouvées égarées, pour prévenir un accident qui me causerait un tort infini, je me vois obligé de l'imprimer à part, avant mon grand ouvrage.

«Si vous vouliez, citoyen, me faire le plaisir de publier ma lettre, vous me rendriez un important service.

«J'ai l'honneur d'être, etc.»

La lettre est signée: l'Auteur du Génie du Christianisme. Elle parut dans le Journal des Débats, du 10 germinal, an IX (31 mars 1801).[(Retour au texte principal.)]

Note 205: Fontanes, dans le Mercure du 16 germinal an IX (6 avril 1801), annonçait, en ces termes, la publication prochaine d'Atala: «L'auteur est le même dont on a déjà parlé plus d'une fois, en annonçant son grand travail sur les beautés morales et poétiques du christianisme. Celui qui écrit l'aime depuis douze ans et il l'a retrouvé, d'une manière inattendue, dans des jours d'exil et de malheurs; mais il ne croit pas que les illusions de l'amitié se mêlent à ses jugements.»—Le Journal des Débats, dans sa feuille du 27 germinal (17 avril) annonça que le petit volume venait de paraître chez Migneret, rue Jacob no 1186. C'était un petit in-12 de xxiv et 210 pages de texte, avec ce titre: Atala ou les amours de deux sauvages dans le désert.[(Retour au texte principal.)]

Note 206: Un Allemand, qui se faisait appeler Curtius, avait installé à Paris, vers 1770, un Cabinet de figure en cire coloriées, reproduisant, sous leur costume habituel, les personnages fameux morts ou vivants. Ses deux salons, établis au Palais-Royal et au boulevard du Temple, étaient consacrés, l'un aux grands hommes, l'autre aux scélérats. Tous les deux, le second surtout, attirèrent la foule, et leur vogue, que la Révolution n'avait fait qu'accroître, se maintint sous le Consulat et l'Empire. Les salons de figures de cire restèrent ouverts, au boulevard du Temple, jusqu'à la fin du règne de Louis-Philippe. Ils émigrèrent alors en province, et il arrive qu'aujourd'hui encore on en rencontre quelquefois dans les foires de village. Seulement, on n'y trouve plus de grands hommes: les scélérats seuls sont restés.[(Retour au texte principal.)]

Note 207: Marie-Joseph Chénier—qui aura justement pour successeur à l'Académie l'auteur d'Atala—fut le plus ardent à critiquer l'œuvre nouvelle, à la couvrir de moqueries en vers et en prose. Sa longue satire des Nouveaux Saints lui est en grande partie consacrée:

J'entendrai les sermons prolixement diserts
Du bon monsieur Aubry, Massillon des déserts.
Ô terrible Atala! tous deux avec ivresse
Courons goûter encore les plaisirs de la messe.

Un petit volume, attribué à Gadet de Gassicourt et qui eut aussitôt plusieurs éditions, avait pour titre: Atala, ou les habitants du désert, parodie d'ATALA, ornée de figures de rhétorique.—Au grand village, chez Gueffier jeune, an IX.

L'année suivante paraissaient deux volumes intitulés: Résurrection d'Atala et son voyage à Paris. Mme de Beaumont les signalait en ces termes à Chênedollé, dans une lettre du 25 août 1802: «On a fait une Résurrection d'Atala en deux volumes. Atala, Chactas et le Père Aubry ressuscitent aux ardentes prières des Missionnaires. Ils partent pour la France; un naufrage les sépare: Atala arrive à Paris. On la mène chez Feydel (l'un des rédacteurs du Journal de Paris à cette époque) qui parie deux cents louis qu'elle n'est pas une vraie Sauvage; chez l'abbé Morellet, qui trouve la plaisanterie mauvaise; chez M. de Chateaubriand, qui lui fait vite bâtir une hutte dans son jardin, qui lui donne un dîner où se trouvent les élégantes de Paris: on discute avec lui très poliment les prétendus défauts d'Atala. On va ensuite au bal des Étrangers où plusieurs femmes du moment passent en revue, enfin à l'église où l'on trouve le Père Aubry disant la messe et Chactas la servant. La reconnaissance se fait, et l'ouvrage finit par une mauvaise critique du Génie du Christianisme. Vous croiriez, d'après cet exposé, que l'auteur est païen. Point du tout. Il tombe sur les philosophes; il assomme l'abbé Morellet, et il veut être plus chrétien que M. de Chateaubriand. La plaisanterie est plus étrange qu'offensante; mais on cherche à imiter le style de notre ami, et cela me blesse. Le bon esprit de M. Joubert s'accommode mieux de toutes ces petites attaques que moi qui justifie si bien la première partie de ma devise: «Un souffle m'agite.»—En annonçant cette Résurrection d'Atala, le Mercure disait (4 septembre 1802): «Encore deux volumes sur Atala! En vérité elle a déjà donné lieu à plus de critiques et de défenses que la philosophie de Kant n'a de commentaires.»[(Retour au texte principal.)]