Note 349: Gustave IV, roi de Suède. Né en 1778, il monta sur le trône après la mort de son père Gustave III (1792). En 1809, il se vit contraint d'abdiquer, et le duc de Sudermanie, son oncle, fut proclamé roi sous le nom de Charles XIII. Gustave vécut alors à l'étranger sous le nom de comte de Holstein-Gottorp et de colonel Gustaffson, résidant alternativement en Allemagne, dans les Pays-Bas et en Suisse. Il mourut à Saint-Gall en 1837. Une des Odes de Victor Hugo lui est consacrée:

Il avait un ami dans ses fraîches années
Comme lui tout empreint du sceau des destinées.
C'est ce jeune d'Enghien qui fut assassiné!
Gustave, à ce forfait, se jeta sur ses armes;
Mais quand il vit l'Europe insensible à ses larmes,
Calme et stoïque, il dit: «Pourquoi donc suis-je né?»[(Retour au texte principal.)]

Note 350: Il y a ici une erreur de plume. Le duc de Bourbon était le père—et non l'aïeul—du duc d'Enghien. Il faut donc lire: «Le prince de Condé mit en garde son petit-fils.»—Chose singulière! les plus graves historiens se sont aussi trompés sur la filiation du duc d'Enghien, et peut-être chez eux n'était-ce pas simplement une erreur de plume, comme chez Chateaubriand. Au tome IV, p. 589, de l'Histoire du Consulat et de l'Empire, rappelant la lettre du 16 juin 1803, dont parle ici Chateaubriand, M. Thiers dit que le duc d'Enghien était le fils du prince de Condé. M. Lanfrey, dans son Histoire de Napoléon (T. III, p. 129), dit à son tour: «C'était le duc d'Enghien, fils du prince de Condé, jeune homme plein d'ardeur et de bravoure, toujours au premier rang dans les combats auxquels avait pris part l'armée de son père.»[(Retour au texte principal.)]

Note 351: Ce billet du prince de Condé à son petit-fils existe en effet: «Mon cher enfant, écrivait le prince, on assure ici, depuis plus de six mois, que vous avez été faire un voyage à Paris; d'autres disent que vous n'avez été qu'à Strasbourg... Il me semble qu'à présent vous pourriez nous confier le passé et, si la chose est vraie, ce que vous avez observé dans vos voyages...»—M. Thiers se prévaut de ces lignes pour donner comme à peu prouvés les voyages du duc d'Enghien à Strasbourg, et tout à l'heure, il ne manquera pas d'en tirer un argument en faveur de Bonaparte. Il se garde bien de faire connaître à ses lecteurs la réponse du duc d'Enghien, qu'il avait pourtant sous les yeux en même temps que le billet du prince de Condé,—réponse qui ne laisse rien subsister des insinuations de l'habile historien, j'allais dire de l'habile avocat. Voici le texte de cette réponse, datée d'Ettenheim, le 18 juillet 1803:

«Assurément, mon cher papa, il faut me connaître bien peu pour avoir pu dire ou chercher à faire croire que j'avais mis le pied sur le territoire républicain, autrement qu'avec le rang et la place où le hasard m'a fait naître. Je suis trop fier pour courber bassement la tête, et le Premier Consul pourra peut-être venir à bout de me détruire, mais il ne me fera pas m'humilier. On peut prendre l'incognito pour voyager dans les glaciers de la Suisse, comme je l'ai fait l'an passé, n'ayant rien de mieux à faire. Mais, pour la France, quand j'en ferai le voyage, je n'aurai pas besoin de m'y cacher. Je puis donc vous donner ma parole d'honneur la plus sacrée que pareille idée ne m'est jamais entrée et ne m'entrera jamais dans la tête. Des méchants ont pu désirer, en vous racontant ces absurdités, me donner un tort de plus à vos yeux. Je suis accoutumé à de pareils services, que l'on s'est toujours empressé de me rendre, et je suis heureux qu'ils soient enfin réduits à employer des calomnies aussi absurdes.

«Je vous embrasse, cher papa, et vous prie de ne jamais douter de mon profond respect comme de ma tendresse.»[(Retour au texte principal.)]

Note 352: Pierre-François, comte Réal (1765-1834), procureur au Châtelet avant la Révolution, substitut du procureur de la Commune en 1792, historiographe de la République sous le Directoire, conseiller d'État après le 18 brumaire, préfet de police pendant les Cent-Jours. Voir sur lui les Mémoires du chancelier Pasquier, I, 268, et les Mémoires de Mme de Chastenay, tome I.[(Retour au texte principal.)]

Note 353: Jean-Jacques-Régis de Cambacérès (1753-1824), député de l'Hérault à la Convention et aux Cinq-Cents; second consul après brumaire; sous l'Empire, archi-chancelier, prince, duc de Parme; aux Cent-Jours, pair et ministre de la justice.[(Retour au texte principal.)]

Note 354: Anne-Jean-Marie-René Savary, duc de Rovigo (1774-1833), général de division (7 février 1805), créé duc (23 mai 1808), ministre de la police générale (8 juin 1810), pair aux Cent-Jours, commandant de l'armée d'Algérie (1831-1832).—Aide de camp de Desaix, il était à ses côtés, à Marengo, lorsque la général fut tué par une balle qui lui traversa le cœur. À quelques jours de là, Bonaparte l'attacha à sa personne et le promut rapidement au grade de colonel, puis à celui de général de brigade (24 août 1803). Il était donc, lors de l'exécution du duc d'Enghien, général, et non colonel, comme le dit Chateaubriand. Depuis 1802, Savary dirigeait la police particulière et de sûreté du premier Consul.—Ses Mémoires pour servir à l'histoire de Napoléon (8 volumes in-8) ont paru en 1828.[(Retour au texte principal.)]

Note 355: Claire-Élisabeth-Jeanne Gravier de Vergennes (1780-1821), femme du comte Antoine-Laurent de Rémusat, premier chambellan de Napoléon et surintendant des théâtres. Elle-même était dame du palais de Joséphine. Outre un roman par lettres intitulé: les Lettres espagnoles, ou l'Ambitieux, roman qui est resté inédit,—elle avait composé un Essai sur l'éducation des femmes, qui parut deux ans après sa mort, en 1823, et des Mémoires, publiés en 1880 par son petit-fils, M. Paul de Rémusat. Ces Mémoires, qui forment trois volumes in-8o, vont de l'année 1802 à l'année 1808.[(Retour au texte principal.)]