(Moniteur, 27 novembre 1798.)
«Ce jourd'hui, 25 thermidor de l'an VI de la République française une et indivisible, répondant au 28 de la lune de Mucharim, l'an de l'hégire 1213, le général en chef, accompagné de plusieurs officiers de l'état-major de l'armée et de plusieurs membres de l'Institut national, s'est transporté à la grande pyramide, dite de Chéops, dans l'intérieur de laquelle il était attendu par plusieurs muphtis et imans, chargés de lui en montrer la construction intérieure.
«La dernière salle à laquelle le général en chef est parvenu est à voûte plate, et longue de trente-deux pieds sur seize de large et dix-neuf de haut. Il n'y a trouvé qu'une caisse de granit d'environ huit pieds de long sur quatre d'épaisseur, qui renfermait la momie d'un Pharaon. Il s'est assis sur le bloc de granit, a fait asseoir à ses côtés les muphtis et les imans, Suleiman, Ibrahim et Muhamed, et il a eu avec eux, en présence de sa suite, la conversation suivante:
Bonaparte: «Dieu est grand et ses œuvres sont merveilleuses. Voici un grand ouvrage de main d'homme! Quel était le but de celui qui fit construire cette pyramide?»
Suleiman: «C'était un puissant roi d'Égypte, dont on croit que le nom était Chéops. Il voulait empêcher que des sacrilèges ne vinssent troubler le repos de sa cendre.»
Bonaparte: «Le grand Cyrus se fit enterrer en plein air, pour que son corps retournât aux éléments: penses-tu qu'il ne fit pas mieux? le penses-tu?»
Suleiman (s'inclinant): «Gloire à Dieu, à qui toute gloire est due!»
Bonaparte: «Gloire à Allah! Il n'y a point d'autre Dieu que Dieu; Mohamed est son prophète et je suis de ses amis.»
Ibrahim: «Que les anges de la victoire balayent la poussière sur ton chemin et te couvrent de leurs ailes! Le mamelouck a mérité la mort.»
Bonaparte: «Il a été livré aux anges noirs Moukir et Quarkir.»