Tout ce que Bonaparte avait méprisé et insulté lui devient péril: l'intelligence descend dans la lice contre la force brutale; Moscou est la torche à la lueur de laquelle la Germanie ceint son baudrier: «Aux armes! s'écrie la muse. Le Phénix de la Russie s'est élancé de son bûcher!» Cette reine de Prusse, si faible et si belle, que Napoléon avait accablée de ses ingénéreux outrages, se transforme en une ombre implorante et implorée: «Comme elle dort doucement!» chantent les bardes. «Ah! puisses-tu dormir jusqu'au jour où ton peuple lavera dans le sang la rouille de son épée! Éveille-toi alors! éveille-toi! sois l'ange de la liberté et de la vengeance!»
Kœrner[402] n'a qu'une crainte, celle de mourir en prose: «Poésie! poésie! s'écrie-t-il, rends-moi la mort à la clarté du jour!»
Il compose au bivouac l'hymne de la Lyre et de l'Épée.
LE CAVALIER
«Dis-moi, ma bonne épée, l'épée de mon flanc, pourquoi l'éclair de ton regard est-il aujourd'hui si ardent? Tu me regardes d'un œil d'amour, ma bonne épée, l'épée qui fait ma joie. Hourra!
L'ÉPÉE
«C'est que c'est un brave cavalier qui me porte: voilà ce qui enflamme mon regard; c'est que je suis la force d'un homme libre: voilà ce qui fait ma joie. Hourra!
«Oui, mon épée, oui, je suis un homme libre, et je t'aime du fond du cœur: je t'aime comme si tu m'étais fiancée; je t'aime comme une maîtresse chérie.
L'ÉPÉE