«Madame,
«Vous me trouverez bien téméraire de venir vous importuner dans un pareil moment pour vous supplier de m'accorder une grâce, dernière ambition de ma vie: je désirerais ardemment être choisi par vous au nombre de vos défenseurs. Je n'ai aucun titre personnel à la haute faveur que je sollicite auprès de vos grandeurs nouvelles; mais j'ose la demander en mémoire d'un prince dont vous daignâtes me nommer l'historien; je l'espère encore comme le prix du sang de ma famille. Mon frère eut la gloire de mourir avec son illustre aïeul, M. de Malesherbes, défenseur de Louis XVI, le même jour, à la même heure, pour la même cause et sur le même échafaud.
«Je suis, etc.....
«Chateaubriand.»[Retour au Texte Principal]
Note 428: Le Mémoire sur la captivité de Mme la duchesse de Berry, parut le 29 décembre 1832.[Retour au Texte Principal]
Note 429: Voici le texte de cette déclaration, qui fut insérée dans le Moniteur du 26 février 1833:
«Pressée par les circonstances, et par les mesures ordonnées par le gouvernement, quoique j'eusse les motifs les plus graves pour tenir mon mariage secret, je crois devoir à moi-même, ainsi qu'à mes enfans, de déclarer m'être mariée secrètement pendant mon séjour en Italie.
«Marie-Caroline.
«De la citadelle de Blaye, ce 22 février 1833.»[Retour au Texte Principal]
Note 430: Chateaubriand comparut devant la Cour d'Assises de la Seine, le 27 février 1833. Étaient poursuivis, en même temps que lui, les gérants de la Quotidienne, de la Gazette de France, du Revenant, de l'Écho Français, de la Mode, du Courrier de l'Europe, et un jeune étudiant, M. Victor Thomas. Ce dernier, le 4 janvier précédent, avait porté la parole, au nom des douze cents jeunes gens qui étaient allés témoigner à Chateaubriand leur enthousiasme et avaient redit avec lui: Madame, votre fils est mon roi! Tous furent acquittés, après une admirable plaidoirie de Berryer. Quelques années après, le journal le Droit disait de ce plaidoyer: «Berryer défendit M. de Chateaubriand, comme M. de Chateaubriand devait être défendu, sans provocation et sans bravade, rendant hommage, en son nom, à ces rois de l'exil qu'avait adorés sa jeunesse et que sa vieillesse devait adorer. Tous ceux qui l'ont entendu se souviennent de tout ce qu'il eut de sublime et de véritablement inspiré.... Il y a eu, à sa voix, une de ces impressions électriques et involontaires qu'il n'est donné qu'au génie de produire.» (Le Droit, 20 juin 1838.)—Le jour où Berryer vint prendre séance à l'Académie française, le 22 février 1855, le directeur, M. de Salvandy, évoqua en ces termes le souvenir de la plaidoirie du 27 février 1833: «On comprend que, tout à l'heure, les souvenirs de la Sainte-Chapelle vous soient revenus à la pensée. Votre parole grava ce nom dans la mémoire publique le jour où vous aviez à vos côtés l'auteur du Génie du christianisme, sous les voûtes du palais et à quelques pas de la chapelle de Saint Louis. Ce plaidoyer est de ceux qui restent, Monsieur; c'est votre discours pour le poète Archias.»